Vivre comme Dieu en France

Les Français sont des râleurs ! C’est bien connu. Ils se disent toujours les plus malheureux, les plus maltraités et les victimes du système le plus injuste de la planète.

A côté de cela, les Allemands regardent avec envie la vie des Français qu’ils qualifient de « Vivre comme Dieu en France ! ».

Qu’en est-il réellement ?


Oui, la France a perdu de sa grandeur industrielle

  • Quand on regarde la carte suivante, il est vrai que la France a perdu de sa superbe. Ce grand pays industriel, qui accueillait les expositions universelles en construisant la Tour Eiffel ""pour quelques temps seulement" avait effectivement des moyens que nous n’avons plus aujourd’hui

  • Si l’Allemagne a réussi a conservé sa part d’industrie, la France (comme le Royaume Uni) à perdu une grande partie de la sienne. D’autres pays ont perdu une partie de leur force de frappe et c’est le cas pour une grande partie des pays de l’Union européenne. Tous les pays de l’Europe de l’Ouest ont ainsi perdu entre 20% et 30% de leur puissance industrielle.

  • La France s’est en contrepartie développée dans les services. Ceux-ci sont passé de 42% du PIB en 1960 (les services et l’industrie étaient alors plus ou moins au même niveau) à 76% en 2017.

  • L’Agriculture et le secteur primaire en général se sont profondément rétrécis, passant de 21% du PIB en 1960 à 3% du PIB aujourd’hui.


Mais la France a aussi construit de grandes entreprises

Dans un monde en profonde transformation, la France dispose de grands champions : Automobile, Electricité Nucléaire, Espace, Aéronautique, Ferroviaire, avions de combats, sous-marins, industrie du Luxe, Cosmétique, Santé, Agroalimentaire, Construction et Environnement, Pétrole, Publicité, Grande Distribution, Inventions & Start-up : La France est presque partout.

Bien sûr, beaucoup de fleurons industriels ont disparu du paysage

Alcatel grand groupe français des télécoms a été vendu à Nokia, faute d’avoir su conserver son potentiel industriel et victime d’avoir cru qu’il pouvait vivre sans usines.

Arcelor leader européen de la sidérurgie a été vendu à l’Indien Mittal.

Alstom Energie N°1 mondial des turbines à vapeur et des turbines hydrauliques a été vendu à l’Américain General Electric.

Pechiney, un des leaders mondiaux de l’aluminium a été vendu à Alcan, puis démantelé.

Lafarge, leader national du ciment a été vendu à Holcim, son concurrent Suisse.

Et bien d’autres ont subi le même sort !


Faibles en France, nos grands groupes ont dû se développer à l’étranger

A la grande différence des groupes allemands, qui se sont développés à partir d’une base nationale performante et qui ont grandi par l’exportation, les groupes français se sont plutôt développés par des implantations à l’étranger, car leurs bases françaises étaient trop peu compétitives.

  • L’emploi dans les filiales à l’étranger représente 33% de l'emploi total en France (dont 23% dans les BRICS), alors qu’il ne représente que 18% pour l’Allemagne.

  • La France a une faible capacité exportatrice du fait de son coût domestique élevé et de son absence technologique dans de nombreux domaines (machines-outils, automobiles haut de gamme, etc.).

  • Une des raisons du chômage en France est donc l’insuffisance d’exportations des entreprises françaises malgré leur bonne santé, car celles-ci vendent surtout à l’étranger par leurs implantations à l’étranger, alors que les entreprises allemandes vendent surtout à l’étranger par leurs exportations.

  • De ce fait, plus notre pouvoir d’achat augmente, et plus nous importons les produits qui nous plaisent (smartphones, TV, véhicules hydrides, …), mais que nous ne fabriquons pas chez nous. Nous importions 25% de nos biens de consommation en 1980, nous en importons 44% aujourd’hui. Nous ne pouvons pas continuer ainsi.

  • Au contraire, une des raisons du plein emploi en Allemagne est la capacité exportatrice des entreprises allemandes, moins implantées à l’étranger mais plus fortes à l'exportation, car plus compétitives en Allemagne.

  • Importations en hausse et Exportations en baisse, ne permettent pas de maintenir le niveau de vie des Français.

Faible en Industrie, la « France offshore » s’est surtout développée dans les services.

L’emploi français à l’étranger est ainsi à :

  • 61% dans les services,

  • 31% dans les activités manufacturières (assez diversifiées),

  • 8% dans les autres activités.

L’emploi allemand à l’étranger est lui à :

  • 48% dans les services,

  • 49% dans les activités manufacturières (très concentrées sur l’automobile et la machine-outil),

  • 3% dans les autres activités.

On peut donc dire que malgré ses faiblesses manufacturières, la présence française à l’étranger est plus diversifiée et peut-être, au final, moins vulnérable que la présence allemande à l'étranger.


Selon le démographe Hervé Le Bras, les Français devraient être plus enthousiastes

Signe + : La Pauvreté (définie comme les revenus inférieurs à 60% du revenu médian)

La France affiche un taux de 13%, à comparer à : 16% pour l’Allemagne / 17% pour la Grande Bretagne / 20% pour l’Italie / 22% pour l’Espagne.

Signe + : L’Intensité de la pauvreté (définie comme le rapport entre le revenu moyen des pauvres et le seuil de pauvreté défini à 60% du revenu médian)

La France affiche un taux de 17%, à comparer à : 20% pour la Grande Bretagne / 21% pour l’Allemagne / 28% pour l’Italie / 32% pour l’Espagne.

Signe + : Les Inégalités de revenus (définies comme le rapport entre les 20% les plus riches / 20% les plus pauvres)

La France affiche un rapport de 4,4, à comparer à : 4,5 en Allemagne / 5,4 au Royaume Uni / 5,9 en Italie / 6,6 en Espagne.

Signe + : Espérance de vie (pour les femmes)

Les Françaises affichent une espérance de vie de 85,7 ans à comparer à : 83,5 ans en Allemagne / 83,0 en Grande Bretagne / 85, 6 en Italie / 86,3 en Espagne / 87,3 au Japon… mais seulement 81,1 aux USA. Les chiffres sont partout un peu plus faibles pour les hommes.

Signe + : % de foyers ayant un patrimoine immobilier

58% des Français avaient un patrimoine immobilier en 1998. Ils sont désormais 62% en 2019. Ces chiffres sont à comparer avec l’Allemagne = 44% de propriétaires / l’Italie = 68% de propriétaires / l’Espagne = 83% de propriétaires.

Signe moyen : Taux de surpeuplement dans les logements (défini comme le nombre de logements avec trop de membres).

La France affiche un taux de 7,7, à comparer à : Allemagne = 7,2 / Espagne = 5,1 / Grande Bretagne = 3,4 / Italie = 27%.

Signe + : Charge financière du logement (définie comme la part des ménages consacrant plus de 40% de leur budget au logement).

La France affiche un taux de 4,7 à comparer à : Italie = 8,2 / Espagne = 9,8 / Grande Bretagne = 12,4 / Allemagne = 14,5.


Pour construire un avenir meilleur, il suffirait de peu de chose à la France.

Les Français ne devraient donc pas tant se plaindre. Leur vie n’est pas si mauvaise, comparée à celle de nos voisins européens.

Nous pourrions faire encore beaucoup mieux en nous fixant quelques objectifs clés.

  • Construire un esprit national fort : Nous devons arrêter de nous diviser sur tout (33 listes aux élections européennes) et au contraire nous mobiliser pour construire un vrai futur à nos enfants.

  • Vivre une démocratie apaisée et responsable : apaisée en évitant que chacun des 67 millions de Français soit « contre tout ce qui est pour et pour tout ce qui est contre » (selon l’expression de Michel Audiard), responsable en évitant de penser à soi d’abord et en travaillant davantage pour la communauté. La démocratie c’est aussi laisser les élus faire leur travail au mieux.

  • Travailler plus : Nous devons assurer notre place dans le monde. Chaque Français ne bénéficie que de 435 heures de travail marchand. C’est peu, comparé aux 600 à 700 heures dont bénéficient la plupart de nos voisins. La dette ne peut pas durablement remplacer le travail pour financer notre qualité de vie.

  • Avoir moins de retraités et moins de fonctionnaires : Pour apporter 50% de travail marchand en plus à chaque Français.

  • Exporter plus : Nous devons penser « export » et nous donner les compétences et les prix de revient qui le permettent.

  • Investir plus : L’investissement étant l’emploi de demain, il nous appartient de consacrer moins d’argent dans la consommation et beaucoup plus de ressources à l’investissement, tant dans les entreprises que dans les infrastructures nationales.

  • Consolider davantage les Forces européennes : Face aux USA et à la Chine, nous dévons créer des champions européens dans les technologies d’avenir.

  • Aller développer l’Afrique au lieu de la piller : Vouloir sauver les Africains en leur prenant leurs citoyens les plus dynamiques pour prendre en charge les travaux que nous ne voulons pas faire, parce qu’ils sont pénibles et salissent les mains n’est pas digne de la France. Nous devons faire l’inverse : envoyer des milliers de Français pour aider les Africains à se développer sur place. Voilà ce qui serait généreux.

Chers amis industriels, accélérons notre économie.

Nous ne pouvons pas passer notre temps à nous plaindre, alors que nous faisons partie des peuples les plus heureux du monde. Mobilisons nous plutôt davantage, si nous voulons faire encore mieux !

A mardi prochain, si vous le voulez bien, pour parler d'un nouveau sujet.

Jacques Leger



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