Témoignage d’un responsable économique territorial


1-Décentralisation

· Oui à la subsidiarité, je partage votre conception éthique ou philosophique sur ce plan.

· Toutefois attention à vérifier que le niveau subsidiaire détient les bonnes compétences.

· Au cours de mes 14 ans en CCI je peux affirmer que la loi Raffarin sur la décentralisation s'est traduite par un alourdissement des charges publiques au détriment de la compétitivité française.

  1. En effet, L'Etat n'a pas dégraissé, en proportion de l'inflation de postes crées en région.

  2. Aujourd’hui encore après bientôt 20 ans de régionalisation, je peux dire que la qualité des fonctionnaires régionaux n'est pas équivalente à celle des fonctionnaires de l'Etat au niveau régional.

  3. Les fonctionnaires centraux ont le recul et l'expérience, la formation, et le recul nécessaire face aux problèmes. Ils sont le sens de l'intérêt général.

  4. Les fonctionnaires locaux sont insuffisamment formés, très sensibles à l'avis de leur Président de Région. et lorsque ceux -ci changent tous les 6 ans, on est parti pour 18 mois de retard dans les décisions pour ne pas dire 24 mois.

  5. Résultat : l'absentéisme dans les structures locales et régionales bat tous les records, ce qui est inadmissible, et montre bien qu'il y a un vrai problème de management et de gestion des compétences dans les échelons du millefeuille, qui a reçu trop de champs d'actions, trop vite.

  6. Est- il normal que des chargés de mission régionaux, basés dans une ville, arrivent en réunion dans une autre, en entreprise ou en réunion inter-institutions à l'agglomération et déclarent qu'ils sont obligés de s'en aller à 15h30, pour avoir le temps de rentrer chez eux ?

  7. Ceci est le lot de nombreux d'entre eux, depuis des années (ce qui montre l'absence de Gestion Prévisionnelle de l’Emploi et des Compétences)

· Conclusion : subsidiarité oui, mais après préparation et formation, et à la condition que des règles de gestion identiques au privé soient mises en place dans les collectivités publiques, afin qu'elles ne ralentissent pas le rythme de l'économie régionale.

· Sinon, je serais pour le retour au modèle centralisé : la France est plus petite que la plupart des provinces chinoises !


2-Oui à beaucoup plus de travail marchand

· On a vu trop de jeunes être orientés vers des emplois aidés en mairie, où ils ont surtout appris à ne pas beaucoup travailler, et à être absent pour un rien.

· Indexer l'IS sur la création d'emplois n’est pas une bonne solution !

  1. C'est une mesure qui freine beaucoup les entreprises.

  2. Dans les territoires en France il y a un gros travail de compétitivité à déployer, donc de productivité, qui passe par le rattrapage de notre retard en robotisation par exemple.

  3. Je peux vous présenter des entreprises dont l'outil industriel est en 2019 beaucoup plus archaïque que celui de notre entreprise en 1978 ! Hélas !

  4. Il ne faut donc pas conditionner des aides (subventions ou baisse d'impôt à l'emploi, car trop d’emplois sont improductifs, même dans l’emploi marchand.

· D'ailleurs toutes les entreprises déclarent ne pas trouver les candidats dont elles ont besoin.

  1. Il n'y a pas de problème de chômage en France en 2019.

  2. l y a un problème de croissance qui est freinée parce que les entreprises n'arrivent à embaucher, et ceci pour les raisons suivantes :

  • La politique d'assistanat qui en est le premier frein (mais politiquement très sensible). Vos propositions sont excellentes.

  • La politique d'embauches dans la sphère publique au sens large, à population active stable, attire beaucoup de candidats qui à défaut d'emplois publics (meilleure stabilité) iraient vers le privé.

· En cela je soutiens votre proposition d'un ratio d'emplois marchands par région, qui aurait un objectif de croissance (le chiffre de départ ne pouvant pas être le même pour chaque région).

· Ne faut-il pas proposer le vote d'un plan de productivité sur 5 ans qui contraigne les collectivités publiques à 2% de baisse des effectifs / an ?

· Oui aussi aux « zones franches » et aux ZRR en partie défiscalisées : elles existent déjà, ont un succès mitigé, et constituent parfois un effet d'aubaine.


3-Concernant les attributions aux Régions :

· Attention à l'émiettement des pôles de formation en France :

  1. Chaque ville veut des écoles et des universités.

  2. On arrive parfois à une concurrence couteuse entre Ecole Supérieure de Commerce de villes voisines. On se bat et on gapille de l'argent pour profiter d'un gâteau qui rapetisse.

  3. Et il y a beaucoup d'autres cas comme cela en France : une inflation couteuse pour trouver des volumes.

  4. On pousse ainsi au recrutement d'étudiants étrangers dont le niveau moyen n'est pas toujours suffisant.

  5. Ceux-ci viennent (sans bien parler français), font que les cours sont alors de plus en plus enseignés en anglais, et les impôts locaux paient les études (souvent du tourisme économique) de tout ce petit monde, au lieu de former les Français) au chômage.

  6. Les anglo-saxons ne se privent pas de tout faire payer les écoles au prix fort.

4-Une coordination de l'Etat reste essentielle.

· L'implantation d'usines dans les zones rurales est une possibilité.

· Mais il faut là aussi que l'Etat, et non pas les régions, définisse une politique d'aménagement du territoire.

· En effet la politique de la SNCF, qui ferme un maximum de lignes, va en sens inverse de votre proposition.

· Il faut rendre attractive les régions :

  1. Pourquoi ne pas proposer une politique du numérique calée sur celle de la Poste ou de l’EDF : un même prix pour l'accès à la 4G partout, tout comme le prix du timbre est identique en France, et le prix du kWh qui est à peu près le même à caractéristiques de consommation égales ?

  2. Ne faut-il pas relancer une DATAR forte, et un blocage de l'extension de la région parisienne comme l'avait fait le Président Pompidou ?

  3. Michelin surtout, Peugeot un peu, et beaucoup d'autres entreprises démontrent que l'on peut se contenter de bureaux réduits en Région Parisienne.

· Poussons à la décentralisation du tertiaire parisien : cela irriguera la France, remplira les espaces, amortira les infrastructures d'enseignement régionales, ainsi que médicales, et de transport etc...


5-Je voudrais attirer votre attention sur la protection de l’épargne

· C’est une nécessité sociale et économique que l'épargne simple de tous les Français (divers livrets A, B, Développement durables, PEL, etc...) soit protégée de l'inflation.

· Il est inadmissible que l'épargne de précaution, ou bien celle qui sert à anticiper un achat de voiture, de canapé ou d'une maison, perde son pouvoir d'achat d'année en année.

· En continuant ainsi le système libéral va à sa perte !


Article écrit par EDT le 02-03-2019

62 vues0 commentaire

Posts récents

Voir tout

Les Ni, Ni, Ni, ces jeunes hors du système !

La mesure du chômage n’est pas une chose facile. · Si nous prenons la définition du chômeur par le Bureau International du Travail (le BTI), il y a en France environ 2,5 millions de chômeurs. Il faut

Lettre d'un Français désespéré

Je mets en ligne aujourd'hui la lettre d'un Français désespéré. Cette lettre montre bien le désespoir du peuple de la ruralité française, détruit par la mondialisation et par la politique de facilité

16 propositions de Roland le Savoyard

Voici 16 propositions originales venant d'un lecteur de notre blog, vivant en Savoye. 1-Pour l’Ecologie : cohérence et récompense des efforts. Une demi-journée de chauffage au bois pollue autant que 3