La REF (2)-La Rencontre des Entrepreneurs de France-L'égalité

Mis à jour : 19 nov. 2019

Nous poursuivons notre compte-rendu de la « Rencontre des Entrepreneurs de France » de 2019. Nous y ajoutons nos commentaires sous les rubriques "NDLR".


Table ronde N°1 : l’Egalité, une obsession française


>>Pour Natacha Polony (journaliste et essayiste).

Pour certains, l’égalité serait un frein à la créativité, à l’entreprenariat et au développement économique. Mais il n’y a pas de liberté sans égalité.

  • Il faut des régulateurs au capitalisme tout en conservant l’esprit de liberté.

  • Les gilets jaunes sont le symptôme d’une inégalité entre les territoires.

  • La fameuse courbe de l’éléphant montre l’inégalité des enrichissements dans le monde.

  • Les citoyens, dit Natacha Polony, ont le monopole de la définition du bien commun, c’est ce qu’on appelle la démocratie (voir NDLR).

  • Dans le futur, poursuit Natacha Polony, il faudra savoir mieux articuler l’individuel et le collectif. Répondons-lui, « d’accord, si c’est un collectif multigénérationnel ».

NDLR sur la démocratie :

La définition de la démocratie par Natacha Polony Polony (ce sont les citoyens qui sont détenteurs du monopole de la définition du bien commun) est très intéressante et montre parfaitement les limites de la démocratie en temps de changement très rapide, « quand on a l’impression de changer d’époque tous les 10 ans ».


>>> On ne peut pas confier aux seuls représentants du présent, la définition des conditions de vie du futur.


Le problème est en effet, que de nos jours, le choix politique des citoyens n’a pas seulement des effets sur la génération de ceux qui votent, mais aussi sur les générations à venir.

  • La démocratie présente donc aujourd’hui le risque évident de privilégier les intérêts et les attentes de ceux qui pensent à 5 ans. C’est un peu court !

  • Le vote démocratique serait bien s’il était multigénérationnel. On peut oublier les générations disparues mais on ne peut pas passer sous silence les générations à venir qui vont subir les conséquences de nos égoïsmes.

  • Ce risque n’existait pas vraiment quand la démocratie a été installée il y a plus de deux siècles. Comment faire pour la réinventer ?

  • Cette question est clairement posée pour le sujet du changement climatique. C'est ce que dit Greta Thunberg : « Vous, génération en place quand vous définissez le bien commun, vous oubliez de prendre en compte le bien commun des générations à venir. Vous optimisez votre bien commun à vous ».

  • Ce qui est vrai pour le climat et que chacun comprend, est vrai pour tous les autres chapitres de la politique Au nom de la démocratie, une ou deux générations tirent la couverture à elles et ce sont les 10 générations suivantes (ou plus) qui paient la facture ! Chacun pourra faire sa liste d'exemples. 

La démocratie, telle que nous la vivons, ne représente plus le moyen de définir un bien commun multigénérationnel.

  • Ce point est particulièrement visible pour tout ce qui concerne les réformes (retraites, régimes spéciaux, fiscalité, déficit, dettes, ….Personne ne veut faire l’effort de se serrer la ceinture tout de suite pour le meilleur avenir de ses petits-enfants. C'est même le contraire qui se passe : après nous le déluge ! Que nos enfants s'en débrouillent !

  • Nous sommes revenus à l’Ancien régime, dans lequel une castre de privilégiés disposant du plus fort pouvoir de nuisance (syndicats des transports, de fonctionnaires, de la production et de la distribution d’électricité, etc…) ? refuse de perdre ses avantages exorbitants au détriment de la majorité de la population.

Les casseurs ne sont plus les payeurs.

  • Il y a quelques temps, nous avons voté des lois « anticasseurs », c’est-à-dire le principe de faire payer ceux qui détruisent le bien collectif.

  • Et en même temps nous détruisons le bien des générations à venir : retraites, dettes, éducation, civilités, climat,…

  • Mais qui payent ou qui va payer le prix de ces destructions ? La génération qui a engagé les destructions pour son petit bonheur ? Bien sûr que non ! Nous sommes les casseurs, mais nous ne serons pas les payeurs. Nous laisserons la note à nos suivants.

  • C’est cela la démocratie selon la définition de Natacha Polony Il nous faut créer de nouvelles institutions.

Nous avons besoin d’une nouvelle institution, une sorte de « Sénat des Générations Futures » qui définirait le bien commun sur le Long Terme, au-delà des échéances électorales.

  • Ce « SGF » serait plus utile que notre Sénat actuel qui n’a pas de responsabilités réelles autres que de surveiller le gouvernement (ce que font déjà un millier d'Instituts et autant de journalistes) et que le général De Gaulle voulait déjà supprimer il y a 50 ans.

  • Notre histoire nationale nous rappelle que les changements de directions « passant par-dessus les privilèges des gens en place » ne se produisent qu’après les guerres et les révolutions.

  • Serons-nous capables de nous adapter dans la paix ?

  • Comme pour le climat, nous verrons peut-être les jeunes « se révolter » pour que des mesures soient prises afin de ne pas condamner leur futur !


>>Pour Frédéric Beigbeder (écrivain)

Le monde a besoin d’être ré-humanisé.

  • La fraternité qui constitue le 3ième volet de notre triptyque républicain devrait exprimer un sentiment plus important et se situer en premier.

  • Il est insupportable d’avoir à la fois « l’angoisse de la fin du mois » et « l’angoisse de la fin du monde ».

  • Le vrai pouvoir n’est pas politique mais économique et passe également par le comportement des consommateurs. Il faut donc développer une économie plus fraternelle et utiliser davantage notre pouvoir de consommateur.

  • La fraternité est en danger parce que la société est devenue hétérogène. Le communautarisme ne facilite pas la fraternité.

>>Pour Eric Dupond-Moretti (avocat pénaliste)

Pour lui, la liberté, c’est la capacité de pouvoir agir. L’égalité, c’est quand chacun peut exprimer son potentiel.

  • On assiste aujourd’hui à une inégalité à l’envers : ce sont les puissants qui sont plus punis que les autres.

  • Or, le destin scolaire se lit dans le destin social, ce qui conduit à des inégalités dans les possibilités de chacun à mettre en valeur son potentiel.

  • Le concept d’égalité des chances suppose des différences de traitement pour être adapté à chacun. Mais attention, ce type d’adaptation, proche de la discrimination positive n’est pas « républicain » qui veut que chacun soit traité pareillement quelque-soit ses origines.

  • Au plan des institutions, il faut lutter pour la suppression d’écoles comme l’ENA et l’Ecole de la magistrature qui incarcèrent des jeunes dans un système et qui organise leur endoctrinement.

  • Selon Eric Dupont-Moretti, il y a par ailleurs des juges qui ne sont pas neutres et qui veulent « se faire un patron ». C’est une affirmation inquiétante qui en dit long sur « l’égalité judicaire » dans notre pays.

NDLR :

  • Sur ce sujet de l’endoctrinement, on notera l’influence quasi dictatoriale de notre système audio-visuel qui ne veut voir qu’une seule tête et qui opère régulièrement le lynchage médiatique de ceux qui ne s’alignent pas sur la pensée unique.

  • Notons également l’endoctrinement des « jeunesses climatiques » qui font suite à d’autres jeunesses endoctrinées et pas toujours glorieuses de notre passé récent. Cet endoctrinement est contraire aux approches scientifiques chiffrées et argumentées et qui ne s’appuient que sur des données vérifiées et non sur des « idéologies ».


>>Pour Muriel Pénicaud, Ministre du Travail

Madame la ministre rappelle les points suivants.

  • La nouvelle économie permet la création de monopoles mondiaux (dont les GAFA) qui s’octroient des privilèges et engendrent des inégalités mettant la démocratie en danger. La France a eu le courage de créer une taxe Anti-GAFA, pas très appréciée par les Américains.

  • D’une manière générale, il y a trop d’infractions aux règles et aux lois et à tous les niveaux.

  • L’égalité, dit la ministre, est une utilité. Ce qui compte, c’est l’unicité de chacun d’entre nous.

  • L’égalité peut conduire à la terreur (révolution française et révolution russe).

NDLR :

C’est la ministre qui reconnait le fait qu’il y a beaucoup trop d’infractions à la loi en France. Ce n’est pas rassurant.

  • Mais chacun sait que nous vivons en France dans ce qui ressemble fortement à un début d’anarchie. Chacun peut le constater dans les rues de Paris ! On imaginera le niveau d’anarchie dans certaines banlieues !

  • Le pouvoir exécutif a largement perdu son autorité. Elu par le peuple, le président semble ne plus être que l’employé du peuple, son collaborateur.

  • Nous détruisons peu à peu le principe même de la démocratie représentative.

  • Les réseaux sociaux n’ont rien arrangé. Tout le monde se croit désormais capable de diriger la France et pense savoir, mieux que le président, ce qu’il faut faire.

Sa remarque sur « l’unicité de chacun » serait également à approfondir.

  • La loi se doit-elle d’être « adaptée à chacun » ? C'est justement encourager l'anarchie !

  • Ce n’est pas un principe républicain.

  • On peut le comprendre pour les handicapés physiques qui doivent disposer d’une aide adaptée à leur handicap, mais l’ouvrir à tous, c’est autre chose.

  • On retrouve ici les dérives de « la dictature de la minorité » qui est tout sauf la démocratie.


Table Ronde N°2-Les inégalités face à la santé

Cette table ronde regroupait Agnès Buzyn (ministre de la santé) / Guillaume Leroy (Sanofi) / Anna Notarianni (Sodexo) / Patrick Pelloux (syndicat des urgentistes).


>>Pour Agnès Buzin :

Il y a des inégalités génétiques, des inégalités comportementales, des inégalités territoriales et des inégalités sociales (argent).

  • En Asie on tolère l’inégalité face à la santé. En France on ne la tolère pas.

  • Il faut noter qu’en France, plus on est malade et mieux on est couvert, ce qui est généralement l’opposé dans les autres pays dans lesquels on n’est couvert que pour les maladies sans trop de gravité.

  • En France, la santé dispose d’un budget de 200 milliards d’euros. C’est 12 % de la richesse nationale

>>Pour Mme Notarianni :

Il faut noter l’importance de l’alimentation pour améliorer son capital santé.

  • On devient ce que l’on mange.

  • Il y a 2 milliards d’obèses dans le monde.

>>Pour Patrick Pelloux et la discussion animée qu’il engendre :

On doit changer la façon de prendre en charge les maladies.

  • On est au bout de la logique d’un système.

  • Il faut revoir la collaboration entre les différents acteurs de la santé.

Il y a le cri d’alarme des urgentistes.

  • Il y a eu 24 millions de personnes aux urgences en France sur un an.

  • Les urgences sont devenues la porte d’entrée du système médical pour tous les sujets.

  • Il y a trop d’écart entre les moyens et les besoins.

  • Il y a un problème de management à l’hôpital.

Pourquoi les gens ont-ils systématiquement recours aux urgences ?

  • Il faudrait revoir le rôle des EPHAD.

  • Il faudrait apprendre à anticiper les traitements.

  • Il faudrait que les patients deviennent aussi plus raisonnables et ne foncent pas aux urgences pour la moindre question de santé.

  • Il faut apprendre à chacun à mieux se prendre en charge.

  • Médecins et infirmières ne veulent plus travailler aux urgences.

Il faut repenser l’organisation des hôpitaux et ce n’est pas seulement une question d’argent.

  • Une bonne organisation est à la base de toute efficacité.

  • Il faut décloisonner les acteurs.

  • La tarification à l’acte a été une bonne chose pour pousser les praticiens à travailler plus, mais elle a aussi ouvert la porte aux actes redondants.

  • Il y a beaucoup de gaspillage.

L’intelligence artificielle va changer beaucoup de choses dans les pratiques de santé.

  • Il faut considérer la santé comme un investissement social et politique.

  • Il faut aussi prendre en compte l’incidence de la transition démographique avec une augmentation, inconnue jusqu’alors, de la population âgée.

Il y a un manque chronique de médecins.

  • On manque de 12 millions de soignants dans le monde.

  • Il y a en outre un problème de formation continue pour les médecins.

  • Les médecins devraient pouvoir eux aussi changer de spécialité. On n’en est loin.

Dans nos pays occidentaux libéraux et démocratiques on voit apparaître deux types de médecins.

  • Les médecins qui ont des horaires libres (clientèle dans des plages horaires fixes, beaucoup de temps de vacances, tarif plutôt élevé, souvent avec des maisons médicales ou des spécialités).

  • Les médecins aux horaires sans limite (clientèle dans des horaires très ouverts, visites à domicile, souvent des médecins généralistes, appel possible 24 24, médecins dit médecins de famille, tarif basique de la sécurité sociale, ne pouvant pas prendre sa retraite faute de trouver des successeurs.

  • La France fait un appel exagéré aux médecins étrangers (40 % des médecins du Bénin sont en France et les femmes béninoises, faute de médecins, accouchent dans la rue).

Conclusions

Madame la ministre conclut en rappelant que le développement des Data Centers pour concentrer la totalité des données de la santé des 65 millions de Français est quasiment achevé. Cela va ouvrir de nouvelles portes dans les progrès de la santé.


Au final, il faut réorganiser notre système de santé et poursuivre notre croissance économique pour le financer, si nous voulons conserver notre modèle unique au monde.



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