Réflexions parues cette semaine dans la presse

En cette période d’épidémie durant laquelle chacun reste chez soi et écoute des informations anxiogènes concernant la propagation et les méfaits de l'épidémie, on se demande s’il vaut mieux se taire ou au contraire communiquer et partager des réflexions. Je vous propose cette semaine quelques extraits de textes publiés dans la presse.

On peut d’abord citer le frère François, moine de l’abbaye Saint-Martin de Ligugé dans la Vienne.

  • Ce n’est pas la fin du monde, mais la fin d’un monde qui roulait dans un emballement total. Nous sommes les témoins d’un violent coup de frein qui doit nous faire réfléchir. Le monde, avouons-le, ne pouvait pas continuer à ce rythme-là... Il y a dans cette épidémie un avertissement et non un châtiment divin.

  • Nous pensions être débarrassés de ces épidémies pour toujours. Si avancés que nous soyons techniquement, nous ne sommes décidément pas à l’abri d’un virus sur lequel d’ailleurs nous ne savons pas tout.

  • Nous sommes victimes d’un matraquage médiatique qui nous fragilise, car nous sommes incapables de le supporter. L’homme, pressé par ses angoisses, va se mettre en recherche, il va changer ses priorités.

Jean-Pierre Le Goff a écrit ces quelques passages

  • La révolte contre l’autorité et des attitudes de transgression s’était érigée en nouveau mode de comportement social et se montrait réticente aux exigences et aux contraintes de la vie sociale.

  • Face à des enjeux vitaux, le journalisme militant, les communicants et leurs éléments de langage, tout comme les querelles politiciennes sur les plateaux, sont soudain apparus dérisoires et creux. Les postures de rebelles et la dérision systématique, les paroles provocatrices, les polémiques médiatiques qui tournent en rond ne font plus vraiment recette.

Mgr Mathieu Rougé a publié ces mots

  • « On franchit une montagne et en butte sur un caillou » a pu écrire Georges Bernanos. Notre époque est capable d’exploits apparemment sans limite mais trébuche sur un virus insaisissable et minuscule. Voilà qui nous place devant le mystère de la fragilité de toute vie humaine.

  • Ce que nous avons à vivre de douloureux peut et doit être l’amorce de renouveau salutaire pour l’avenir.

  • La quarantaine nationale passe par le recueillement, une forme de jeûne et de partage.

  • Nous avons un genou à terre mais c’est pour nous relever.

Charles Gave s’est exprimé dans une de ses émissions

  • Un système trop optimisé, comme celui de la mondialisation libérale est en définitive très fragile. Le Corona virus va sans doute mettre fin à la mondialisation totale et au juste à temps.

  • Dans un monde en conflit pour sa survie l’existence d’une armée pour défendre la nation est indispensable. Les États-Unis ont une armée, la Chine a une armée, la Russie a une armée, même la Turquie à une armée. Mais l’Europe n’a pas d’armée.

  • La crise économique et les différences d’impact sur les Etats (Allemagne, France, Italie, ..) vont rendre l’euro intenable pour certains pays.

Sylvain Tesson a écrit : que ferons-nous de cette épreuve ?

  • La Terre, ancien vitrail, reçoit un nouveau nom maintenant que les rubans de plomb ont fondu entre les facettes : « la planète ». Elle fusionne, devient une entreprise, lieu d’articulation des flux systémiques.

  • Dieu était devenu mouvement. Circuler était bon. Demeurez était mal. Plus rien ne devait se prétendre de quelque part puisque tous pouvaient être de partout. Qui s’opposait intellectuellement à la religion du flux était un chien. Le mur était devenu la forme du mal.

  • Un grain de sable est arrivé qui s’appelle virus. Il circule, tirant sa force du courant d’air. Le danger de sa propagation est supérieur à sa nocivité. Dans une brousse oubliée, on n’en parlerait pas. Dans une Europe des quatre vents, c’est le cataclysme socio-politique. Comme le touriste, le container, les informations, le globish ou les idées, il se répand.

  • L’État se révèle une providence qui n’exige pas de dévotion. On peut lui cracher dessus, il se portera à votre secours. C’est l’héritage chrétien de la république laïque.

  • Les médecins, les soignants et les infirmiers se pressent aux postillons comme les pompiers aux flammes. Ils montent au front, vêtus de blanc. Ils ne décrochent pas. L’héroïsme n’a pas changé de définition : c’est le sacrifice de soi.

  • La propagation massive du virus n’est pas un accident. C’est une conséquence.

  • Rester chez soi ne veut pas dire haïr son voisin. Les murs sont des membranes de protection et pas seulement des blindages hostiles. Ils sont percés de portes, on peut choisir de les ouvrir ou de les fermer.

  • « En marche ! » est finalement un merveilleux slogan, une fois accompli le demi-tour.

Hubert Védrine s’est aussi exprimé

  • La mondialisation heureuse avait déjà du plomb dans l’aile. Heureuse ? Elle l’a été, un certain temps, selon la formule, pour les pauvres des pays pauvres et pour les riches des pays riches.

  • Mais au-delà, n’est-ce pas tout un mode de vie insouciant, hédoniste, individualiste et festif qui semblait devenu le premier des droits de l’homme et qui est remis en cause ? Ce mode de vie se traduisait pour toute une partie de l’humanité, par une mobilité permanente sans limite ni entrave.

  • Comme on avait autrefois évangélisé, colonisé, civilisé, on a pensé qu’on allait ouvrir le monde.

  • Tout cela ne remet pas seulement en cause un mode de vie mais toute une civilisation : la nôtre, c’est vertigineux !

L’épidémie aura une fin. Quel débat démocratique s’en suivra ?

Il va y avoir un conflit entre les différentes parties pour le choix des priorités de reconstruction. On peut déjà identifier au moins 7 catégories de communautés qui vont se combattre :

  1. Il y aura les bobos-écologistes, les adeptes de l’énergie propre, les "Constructeurs du Nouveau Monde" qui chercheront à mettre en priorité leurs valeurs de décroissance et de défense du climat.

  2. Il y aura les nationalistes qui feront la promotion d’un repli sur soi et d’une gestion prioritaire des citoyens du pays par rapport à la prise en charge de toutes les autres misères du monde. Ceux-ci poseront bien sur la question des migrations.

  3. Il y aura les Abbés Pierre qui donneront la priorité à la sauvegarde des emplois détruits par la crise, aux familles réduites au chômage et à qui il faudra redonner, au pire des allocations et au mieux, un travail, fut-il inutile, dans le cadre de la construction du nouveau-monde.

  4. Il y aura les économistes rigoureux qui resteront accrocher aux équilibres économiques indispensables, à la sauvegarde de la monnaie, à la lutte contre l’inflation et à la défense de la stabilité économique et financière de la société face aux milliers de milliards € empruntés.

  5. Il y aura les hédonistes qui voudront garder leur modèle de société, leur recherche insatiable du plaisir et éviter tout effort douloureux, même si c'est pour sauver le futur des enfants qu’ils n’ont d’ailleurs jamais faits.

  6. Il y aura les éternels anarchistes ou insoumis et tous les Charlie-Hebdo qui placeront toujours la liberté au premier plan de leurs revendications et qui s’opposeront à toute mesure liberticide, même salvatrice.

  7. Enfin, il y aura les partisans de la solution extrême (cf la vidéo récente sur YouTube de JM Jancovici qui s’est sans doute laissé emporter) qui pousseront à laisser mourir les vieux qui n’ont plus d’utilité économique et qui ont déjà bien vécu, pour laisser la place et les moyens financiers aux plus jeunes qui doivent construire leur avenir.

Voilà annoncé à l’avance, le menu principal de la future campagne présidentielle de 2022.

Espérons que chacun se limitera à la guerre des mots et qu’une solution efficace nous sortira de 50 années d’égarement.

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