Mais où va donc l'Europe ? (1/2)

Mis à jour : 25 avr. 2019


L’Europe vient de fêter ses 60 ans.

Si la construction européenne reste l’espoir de nombreux Européens, elle cristallise aussi la déception de nombreux autres.

Pour certains le verre est à moitié vide alors que pour d’autres, il n’est encore qu’à moitié plein.

Beaucoup de chemin a pourtant été parcouru depuis la déclaration de Robert Schuman en 1950 :

  • En 1951 : 6 Etats (Allemagne-France-Italie-Hollande-Belgique-Luxembourg) créent la Communauté européenne du charbon et de l’acier.

  • En 1954 : La Communauté européenne de défense est refusée par la France, pour se limiter à un traité de sécurité commune. Les différents pays européens restent membres de l’OTAN.

  • En 1957 : Les mêmes 6 Etats fondent la Communauté économique européenne (CEE) et signent le traité de Rome.

  • En 1973 : UK, Danemark et Irlande rejoignent la CEE.

  • En 1986 : C’est l’Espagne et le Portugal qui rejoignent l’Union européenne.

  • En 1986 : la CEE signe l’Acte unique européen.

  • En 1989 : La chute du mur de Berlin permet d’envisager l’ouverture de l’Union européenne aux pays de l’Est libérés du joug soviétique.

  • En 1990 : L’Allemagne regroupe la RFA et la RDA en une seule nation.

  • En 1992 : Le traité de Maastricht fonde l’Union européenne à caractère plus politique.

  • En 1999 : 17 Etats adoptent la même monnaie, l’Euro.

  • En 2004 : L’élargissement à 9 Etats supplémentaires d’un coup est prononcé.

  • En 2005 : Le projet de constitution européenne est refusé par la France et la Hollande.

  • En 2009 : Le traité de Lisbonne reprend les mesures refusées par le référendum de 2005.

  • En 2017 : La Grande Bretagne décide de quitter l’Union européenne.

  • En 2019 : La Grande Bretagne est toujours dans l’UE faute de savoir comment en sortir.

Etape par étape, le nombre d’Etats membres est passé de 6 à 28, puis à seulement 27 si les Anglais s’en vont, mais peut-être à 34 ou plus si tous les pays candidats à l’UE sont admis.

Au fil du temps, l’entité Union européenne est devenue, sur le papier, la première puissance économique mondiale.

Cet assemblage de pays constitue un modèle unique au monde, mais reste à intégrer davantage aux plans : économique, technologique, industriel, social, fiscal, diplomatique, juridique et militaire.


L’Europe est à l’origine de très grands progrès

Il faut avoir connu l’Europe avant l’Union européenne pour apprécier le chemin parcouru.

  • La Communauté européenne du charbon et de l’acier a mis fin aux guerres pour le contrôle des ressources minières.

  • L’ouverture économique des frontières et l’absence de droits de douanes a permis la création d’un énorme marché, facilitant l’émergence de champions dans diverses industries.

  • Les programmes industriels et technologiques ont permis la mise en commun de ressources et de compétences pour faire jouer les effets d’échelle.

  • L’intégration dans l’Union européenne a permis à de nombreux pays de sortir plus rapidement de l’état de pauvreté dans lequel ils étaient. Irlande, Espagne, Portugal, Pologne, Pays Baltes, Hongrie, Slovaquie, République Tchèque, Roumanie, Bulgarie, Grèce, …et bien d’autres doivent leur niveau de vie actuel à l’Union européenne.

  • Dans le domaine de l’éducation, le programme Erasmus permet depuis longtemps des échanges universitaires, pour des millions d’étudiants entre les pays et assure l’équivalence des diplômes.

  • Dans le domaine agricole, l’UE mène une Politique agricole commune (PAC) qui redistribue 40% du budget européen, permettant le contrôle des prix alimentaires et l’octroi des subventions nécessaires.

  • L’UE mène également des politiques dans les domaines énergétique et environnemental, en fixant des objectifs à tous ses membres et en distribuant des budgets et des pénalités.

  • Une politique des transports et des infrastructures est menée à l’échelle de l’UE, mais les moyens financiers consacrés aux investissements restent faibles en Europe.

  • La libre circulation des personnes, des biens et des capitaux fait de l’UE un espace de liberté unique au monde.


L’organisation européenne est complexe et les décisions difficiles à prendre

L’organisation de l’UE est complexe. Elle comporte :

  • Une commission européenne qui anime la politique européenne,

  • Un Conseil européen qui regroupe tous les chefs d’Etat et de gouvernement et qui élit un Président,

  • Un Conseil de l’UE qui regroupe les ministres des Etats membres par portefeuille,

  • Un Parlement européen avec des députés qui votent les lois et les budgets,

  • Une Cour de justice européenne qui traite des litiges,

  • Une Cour des comptes qui contrôle les budgets de l’UE,

  • Une Banque centrale européenne responsable de la politique monétaire et de la gestion de l’Euro,

  • Et divers autres institutions.

La fiscalité reste définie Etat par Etat ce qui fausse la concurrence (mais c’est aussi la cas aux USA).

Il en est de même pour les règles sociales du fait de salaires allant de 1 à 10 entre membres.

L’UE définit un cadre judiciaire et une charte des droits de l’homme que tout Etat membre doit respecter. C’est généreux mais souvent paralysant, du fait que la Chine et les USA n’ont pas des règlements aussi contraignants.

L’UE veut aussi être le meilleur élève en matière de lutte contre le réchauffement climatique.

Les décisions clés restent souvent soumises à l’unanimité ce qui rend les avancées difficiles.


L’Union européenne rencontre ses propres limites

Malgré sa taille économique et son niveau de technologie, l’UE rencontre des difficultés.

  • Le marché européen qui est ouvert à tous les membres de l’UE, l’est aussi pour les filiales européennes de groupes non-européens.

  • Il suffit en effet d’être implanté dans un pays européen pour être en situation de servir toute l’Union européenne sans droits de douane. Certains ne manquent donc pas de qualifier ce principe de libre échange pour tous, de "cheval de Troie" des étrangers en Europe.

  • Ainsi la Chine, qui a acquis le port du Pirée en Grèce, dispose-t-elle d’un accès direct à toute l’UE. Le Portugal donne la nationalité portugaise à tout acheteur d’un minimum immobilier local, les appels d'offre européens sont ouverts à tout le monde, y compris à la Chine… etc.

  • Le marché européen semble facilement accessible.

  • La question de la monnaie commune (l’euro), sans budget commun pour ses membres, pose également de grosses difficultés à terme. Les différences de compétitivité ne peuvent plus être compensées, comme par le passé, par des dévaluations. Les tensions sur le pouvoir d’achat dans les pays les moins compétitifs (dont la France) deviennent intenables.

  • La libre circulation et le droit d’asile ont récemment créé de nouvelles divergences en matière d’immigration. Des règles existent mais celle-ci sont difficiles à concilier avec le principe de libre circulation. La question de l’immigration est d’autant plus complexe qu’elle se greffe sur une situation démographique très défavorable : les Européens ne font plus d’enfants !

La population européenne représente en effet une part de moins en moins importante du monde (25% en 1990, 11% en 1960, 6% en 2015 et 4% prévus en 2040).

  • Les Européens sont plus vieux de 10 ans par rapport aux Chinois et plus vieux de 5 ans par rapport aux Américains.

  • Le taux de naissance est dangereusement bas en Europe.

  • L’indice de fécondité qui doit être au moins de 2,1 pour assurer le remplacement des générations est : 1,6 en moyenne UE / 1,89 en France / 1,54 en Allemagne / 1,80 en Grande Bretagne / 1,30 en Italie et en Espagne. Les femmes européennes ne font plus assez d’enfants et chaque pays doit faire appel à l’immigration.

L’UE dispose de 24 langues officielles ce qui ne facilite pas échanges.

  • Officiellement, français, anglais et allemand sont les langues des institutions européennes, mais en pratique, c’est l’anglais qui est généralement utilisé…et la Grande Bretagne va peut-être quitter l’Union européenne.

  • La pratique montre que c’est le russe qui sert le plus de langue commune dans l’Est de l’UE et que c’est l’anglais qui est utilisé pour communiquer dans l’Ouest de l’UE.

Depuis quelques temps, de nouvelles divisions apparaissent entre Etats membres.

  • Avec le développement de l’économie numérique et le e-commerce, les différences de fiscalité engendrent des pertes insupportables pour certains Etats, au profit de paradis fiscaux internes à l’UE.

  • La politique d’accueil des migrants coupe l’UE en deux, entre ceux, d’une part, qui les acceptent et ceux, d’autre part, qui les refusent au nom du rejet du multiculturalisme.

  • Enfin, les difficultés économiques poussent certains pays à collaborer davantage avec la Chine qu’avec l’Union européenne et à ouvrir leur économie aux produits et aux projets chinois, souvent, avec les financements de l’Union européennes (infrastructures des nouvelles routes de la soie, 5G dans les télécom, rachat d’entreprises clés, …etc.)

  • Ainsi, 18 pays (dont 13 membres de l’UE, y compris la Grèce et l’Italie, et 5 candidats à l’UE) ont créé avec la Chine, le Groupe des "18+1". L’Union européenne est ainsi mise en concurrence dans son propre sein !


Chers Amis industriels, il est temps de repenser notre modèle européen.

Notre avenir et celui de nos enfants dépendent en effet de notre capacité à (re) construire une Europe puissante et capable de défendre ses valeurs.

Jacques Leger

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