Le modèle économique français

Mis à jour : 3 avr. 2019

Cher lecteur industriel,

Le grand débat national permet à tous les Français de dire ce qui ne va pas et de proposer ce qu’il faudrait faire. Pour y parvenir, faut-il encore que chaque Française ne regarde pas la France au travers de son seul cas personnel, mais qu’il cherche aussi à avoir une vue d’ensemble du fonctionnement du pays.


Le fameux modèle français….

La France attire, non seulement les touristes (90 Millions par an), mais aussi les candidats à l’immigration. Il faut dire que l’affiche publicitaire est attractive : on y mange bien, on y boit de bons vins, on y fait ce que l’on veut et comme on veut, la santé et l’école y sont gratuites, on y trouve du travail que les natifs ne veulent pas faire, les minorités y ont des priorités, les allocations de chômage y sont parmi les plus généreuses du monde et l’aide sociale y est la plus élevée du monde (15% des aides du monde pour 1% de la population mondiale). Les Allemands disent « vivre comme Dieu en France ! ». Qui n’aurait pas envie de s’installer en France ?


La croissance en % du PIB reste faible. La France étatique ressent moins les crises que les autres pays, mais les reprises économiques y sont aussi plus lentes qu’ailleurs. La consommation des ménages, représente 55% du PIB et ce qui manque est financé par les déficits de l’Etat.


Le niveau de vie des Français est en effet bon pour la plupart. Le salaire moyen annuel est de 38 000 $ (32 000 €), soit un taux horaire moyen de 26,0 € hors charge ou 32,0 $, ce qui est exactement l’équivalent américain. Mais les charges sociales et les impôts sont de 48% du salaire, soit 16 points de plus que pour les Américains. A coût salarial égal, le niveau de vie des Français est donc réduit d’autant.


Les déséquilibres commerciaux indiquent un déficit commercial total de 60 milliards € par an (72 Mrds $). Les exportations s’élèvent à 30% du PIB (aéronautique, vins, luxe), mais les fortes importations (énergie, matières premières y compris le bois, biens de consommation et même les produits alimentaires et les automobiles) dépassent largement les exportations.

Le déficit public et la dette sans fin sont les deux nouvelles mamelles des finances publiques.

Le déficit des finances publiques françaises atteint 65 milliards € (78 Mrds $), cela représente environ 3,0 % du PIB du pays (ou 25,0 % du budget de l’Etat). La dette publique atteint 2 200 milliards € et celle des ménages 5 000 milliards €. Chaque Français qui travaille dans le secteur marchand devra donc générer 400 000 € (467 000 $) pour le remboursement de la dette totale publique + privée du pays. C’est 10 ans de son salaire brut !! Les Français aiment bien rêver. Le taux d’épargne financière (hors épargne logement) est très faible à 5,0% du PIB, le pays ne peut donc même pas rembourser ses dettes sans emprunter toujours davantage.


Les investissements en infrastructures (routes, ports, chemins de fer…) restent très moyens à 3,5% du PIB y compris le militaire. Les autoroutes sont privatisées et le réseau ferroviaire fatigué. La France n’a pas l’épargne nécessaire pour financer de grands projets. Les retraites par répartition chargent les travailleurs du moment et n’apportent pas de financement pour les investissements. La France ne prépare plus son avenir depuis longtemps.

Par ailleurs l’Etat déjà en profond déficit est asséché par l’importance des dépenses sociales et par le paiement d’un grand nombre de fonctionnaires, ne trouve plus les moyens financiers nécessaires pour la modernisation des hôpitaux, pour la meilleure prise en charge des personnes âgées et pour la modernisation des équipements militaires.


L’emploi industriel

Celui-ci est passé de 24,0% du total des emplois à 12,0 % en moins de 40 ans. Le pays ne forme pas assez d’apprentis, ni de techniciens et dirige des millions de jeunes vers les filières de la sociologie, de la finance et du marketing qui seront sans doute autant de voies vers le chômage de masse. Le pays compte près de 3,0 millions de chômeurs soit 15,6% de la population active marchande (on dit 10% de la population active y compris fonctionnaires et chômeurs pour faire moins impressionnant). C’est le cancer du pays. Les relations patronat-syndicat sont en outre plutôt conflictuelles.

Le temps de travail hebdomadaire en France est de 1483 heures. Il est avec l’Allemagne l’un des plus faibles du monde et se situe 20% en dessous de celui des Américains. Le nombre de semaines de vacances y est en outre le plus élevé du monde.


Des émigrés pour les travaux difficiles

Passés par le fameux « 80% d’une classe d’âge avec le baccalauréat » les Français ne veulent plus se consacrer aux travaux difficiles ou aux horaires prenants. Ainsi, bâtiments, travaux publics, travaux de maison, cueillette et autres travaux manuels sont confiés à la main d’œuvre immigrée de première génération. Il faut renouveler sans cesse cette immigration car les enfants des immigrés de première génération ont aussi le bac et ne veulent plus faire le travail de leurs parents.


L’emploi marchand en France (Actifs hors chômeurs, hors retraités, hors fonctionnaires)

Ce taux est le plus faible du monde : Nous avons 28% de la population qui est marchande, contre 40% dans les autres pays occidentaux. Par rapport aux US, Allemagne, Angleterre, il manque 8 millions d’emplois marchands en France.

Pour être « comparable » aux autres économies, il faudrait donc en France :

4,4 millions de moins de retraités (12,6 millions au lieu de 17,0 millions),

1,6 million de moins de fonctionnaires (4,0 millions au lieu de 5,6 millions)

2,0 millions de moins de chômeurs (1,0 millions au lieu de 3,0 millions).

On peut le dire autrement avec le coefficient d’emploi (personnes au travail Vs ceux qui devraient l’être) : France 65% / Allemagne 75% / Royaume Uni 75%, même si ce calcul est un peu différent, en particulier pour l’intégration des fonctionnaires.


La charge insupportable sur les travailleurs marchands en France

Faute de la « justice sociale » qui mettrait plus de Français à supporter le poids de l’économie nationale, ce sont les 28% de travailleurs marchands, soit 18,5 millions de Français qui supportent la charge de toute la population (67 millions de Français). Nous associons bien sûr le monde des entreprises à la réalité de travailleurs marchands.

On peut par exemple calculer le « poids » supporté par chaque travailleur marchand dans le monde (en plus de se porter lui-même) :

France : soi-même + 2,6 personnes en charge (72%/28%),

Allemagne, UK, USA : soi-même + 1,5 personne en charge (60%/40%),

Corée, Japon : soi-même + 1,2 personne en charge (55%/45%)

Chine : soi-même + 0,9 personne en charge (47%/53%)

Je poste aujourd’hui même un article sur « le rond-point » du blog pour détailler ce calcul.



La mondialisation s’apparente à une course de chevaux avec handicap

Le malheureux jockey-cheval français, en casaque jaune, est deux fois plus lesté que ses concurrents….et tout le monde (72% de la population), bien assis, au chaud dans les tribunes s’étonne de le voir courir moins vite que les autres !

Voilà la grande injustice économique française qu’il faut relever et dénoncer dans le grand débat national. C’est même le seul point qui mérite d’être discuté. Les autres sujets n’en sont que les effets.

Conséquences de ce modèle français dans lequel 28% seulement portent les 100% du pays, les charges sociales et les impôts s’élèvent à 48% du PIB et les dépenses sociales à 32% du PIB pour la très faible population qui les génère. Ce sont les taux les plus forts du monde.


Il faut plus de Français au travail pour préparer l’avenir

Dans la compétition mondiale, l’employé marchand français ne peut que s’effondrer sous une charge plus lourde que celle de ses concurrents et son emploi trop cher risque d’être délocalisé en Chine ou en Europe de l’Est. La France et l’Europe doivent faire face au défi chinois. La Chine s’approprie chaque jour davantage nos technologies avancées et pénètre chaque jour davantage nos marchés. La France ne peut pas, comme d’habitude, compte sur des alliés pour être sauvée. On ne peut pas faire la guerre sans soldats. Nous devons réorienter tout le pays vers le travail et engager nos étudiants vers les fonctions techniques indispensables dans le conflit industriel et économique en cours.


La France des droits de l’homme

Inventeurs de la révolution et des droits de l’homme, les Français ont gardé l’habitude de donner des leçons de liberté à tout le monde. La France est habitée par une aspiration universelle qui la fait devenir « une humanité en petit ». Tous les peuples, toutes les races, toutes les langues, toutes les idées politiques, toutes les cultures et toutes les religions y sont les bienvenues dans une intégration utopiste de fraternité universelle que même le communisme le plus pur n’est jamais parvenu à réaliser. Cette générosité reste tout de même à la charge des fameux 28% de travailleurs marchands.


La médiatisation des détails et la cécité face à l’essentiel

Avec les réseaux sociaux, tout le monde sait tout en temps réel, même les mensonges. On publie les salaires, les comptes en banque et les moindres détails de la vie des dirigeants publics ou privés, dégradant ainsi l’image de tous, à cause des exagérations souvent non vérifiées de quelques-uns. Dans cette supposée transparence démocratique, personne ne voit, ni ne dénonce, le mode de vie irresponsable du pays tout entier, la destruction de ses liens sociaux, son incapacité à préparer l’avenir, sa soif intarissable de plaisir immédiat et sa philosophie du « après moi le déluge ».


La formule française de l’économie

Travailler moins que tout le monde, être les moins nombreux à travailler, avoir beaucoup de vacances, éviter à tout prix de travailler dans le secteur marchand, donner tous les travaux difficiles à faire aux immigrés de première génération, partir en retraite le plus tôt possible, être les plus couverts socialement possible, faire payer le maximum d’impôts à ceux qui travaillent et compter sur l’Etat-Providence pour pourvoir aux besoins de tous les autres (ceux qui ne travaillent pas dans le secteur marchand), laisser la nation importer et emprunter pour fournir tout ce qui manque et manifester en cassant des vitrines quand on a des revendications, jouir du temps présent sans penser à l’avenir, donner des leçons de démocratie au monde entier et accueillir comme ses enfants tous les exilés de la Terre quelque-soit leur nombre, leur volonté d’intégration, et leur profil bienfaisant ou dangereux. Tel apparait le modèle français ou plutôt « l’exception française ». Chacun exige des changements pour le pays, mais personne ne veut rien changer à ses habitudes et à ses privilèges, ni surtout regarder les réalités économiques et politiques en face. C’est ça la France !


Imaginons l’effet d’accélérateur de 8 millions de travailleurs marchands supplémentaires !

Imaginons en effet 8 millions de Français de moins à se servir dans la soupière commune et 8 millions de Français de plus à remplir cette même soupière commune. L’effet serait spectaculaire et résoudrait la quasi-totalité des problèmes de la France. Plus de richesses crées et moins de besoins à pouvoir : finies les charges et les impôts excessifs, fini le manque de pouvoir d’achat, finis les coût horaires trop élevés de ceux qui travaillent, finies les délocalisations d’emplois soumis à la concurrence, finies les fermetures d’usines, finies les « subventions injustes » à ceux qui vivent aux crochets des autres et bienvenue aux embauches et aux moyens nouveaux pour investir dans la santé, l’éducation, la recherche, la sécurité et les infrastructures.


A propos de la solidarité

« La charité (ou la solidarité pour donner une connotation moins religieuse) ne consiste pas à aider quelqu’un à vivre sans travailler, au détriment du développement de tous les autres ; elle consiste à lui procurer un emploi pour qu’il puisse se nourrir par lui-même » : c’est le Père Robert Sirico, prêtre américain fondateur de l’Institut Acton qui l’écrit dans ses ouvrages.


Chers amis industriels, mobilisons-nous et réinventons notre économie.

A mardi prochain, si vous le voulez bien, pour étudier comment l’économie française en est arrivée là.

Jacques Leger

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