Le modèle économique américain

Mis à jour : 3 avr. 2019


L’Amérique, l’Amérique ….

L’Amérique a longtemps fait rêver ceux qui voulaient changer de vie. Des millions de gens ont quitté leur terre natale pour aller se fondre dans la grande nation qui sauva le monde lors des deux grands conflits mondiaux et qui domina largement l’économie du monde tout au long du dernier siècle.

Nous avons tous admiré les USA, la vie y est belle et les paysages y sont magnifiques. L’Amérique, c’est le modernisme et la liberté.

Mais l’Amérique est en faillite virtuelle. Son modèle semble s’essouffler. L'élection de Donald Trump est le signe d'un électorat désespéré qui a identifié le traumatisme. Quel est donc le modèle des USA ?


La croissance de 4,0% en moyenne avant la crise a été maintenue. Premier PIB du monde, l’économie est essentiellement soutenue par la consommation des ménages (70% du PIB) et par les dépenses militaires (environ 40% des dépenses militaires du monde).


Le niveau de vie US est très élevé. Le salaire moyen annuel est de 56 400 $, soit un taux horaire moyen complet de 31,5 $ qui a poussé les entreprises à délocaliser un grand nombre de productions.

Un Américain consomme 7 000 tep (tonnes d’équivalent pétrole par personne et par an) à comparer aux 3 700 tep d’un Européen ou d’un Japonais et aux 2 200 tep d’un Chinois. Le même Américain consomme 1 600 m3 d’eau par personne et par an, à comparer aux 550 m3 d’un Européen.


Les déséquilibres commerciaux US indiquent un déficit commercial total de 600 milliards $ par an, dont 350 avec la Chine et 100 avec l’UE. Les exportations (essentiellement de céréales, de machines et de transports) sont structurellement beaucoup moins importantes que les importations de produits de consommation. Le seul Wal-Mart est responsable, par ses importations chinoises, de 15% du déficit commercial US !

Le déficit public et la dette sont abyssaux. Le déficit des finances publiques américaines est en augmentation croissante depuis 1990. La dette publique culmine à 20 000 milliards $ et celle des ménages à 15 000 milliards $. Chaque Américain qui travaille, en dehors des fonctionnaires, devra générer plus de 250 000 $ pour le remboursement de la dette totale publique + privée, c’est plus de quatre ans de salaire. Avec un taux d’épargne à seulement 3,4% du PIB, le pays ne peut pas reconstituer de réserves, il emprunte donc massivement à l’étranger sous forme de bons du trésor, achetés le plus souvent par la Chine pour compenser son déficit national structurel.


Les investissements sont très élevés dans le domaine militaire, bientôt 700 milliards de $ par an, mais du fait du faible taux d’épargne, l’investissement en infrastructures, routes, ports, chemins de fer…reste très faible à 2,0% du PIB. Ce taux est encore moindre qu’en Europe et beaucoup plus faible qu’en Chine. Les infrastructures sont dans un état dramatique, et il faudrait des milliards $ d’investissements pour les remettre en état.

Le faible investissement dans les activités industrielles, associé à un niveau de salaire élevé, rend l’industrie locale de moins en moins compétitive, ce qui pousse les industriels à délocaliser davantage.


Les universités prestigieuses attirent depuis toujours les élites du monde qui, après leurs études, restent souvent travailler et vivre en Amérique. Etudiants, professeurs et chercheurs ont toujours permis au pays d’être à la pointe des innovations technologiques, économiques, politiques et sociales. L’Amérique domine le monde depuis trois quart de siècle. Mais déjà des universités et des académies chinoises veulent remettre en cause ce leadership.


L’emploi industriel est passé de 24,0% du total des emplois à 8,6% en 50 ans. Au moins 5,0 millions d’emplois industriels ont été perdus au cours des dernières années dans la « Rust Belt ». Le développement massif des services a permis de créer beaucoup d’emplois, mais le service crée peu d’exportation. Le développement massif des technologies de l’information, multipliée par un coefficient 3,5 en 10 ans, ne permet d’employer que 5,0% des salariés. Malgré cela l’emploi américain se porte bien. Il n’y a que 4,0% de chômeurs rapportés à l’emploi marchand et si on ne tient pas compte des 50 millions de très pauvres, soit 16% de la population totale. L’élection de Donald Trump est une réaction désespérée des « Gilets Jaunes » Américains qui souhaitent remettre en cause une mondialisation qui leur est très défavorable. L’Amérique a perdu sa puissance industrielle et certaines étoiles s’éteignent, mises à terre par la Chine.


Le modèle social : Le temps de travail est de 1793 heures, soit +20% par rapport à la France.

Les charges sociales et les impôts se limitent à 32% des revenus (au lieu de 48% en France) et les dépenses sociales sont à 13% du PIB (contre plus de 30% en France).

1% de la population américaine détient près de 70% des richesses du pays. Cette richesse est bien sûr constituée d’actions d’entreprises ce qui permet l’investissement dynamique privé.

Deux théories s’affrontent au sujet du modèle sociale :

Celui des impôts et de la redistribution prôné par les Démocrates.

Celui des réductions d’impôts et de la responsabilisation prôné par les Républicains.

L’Amérique a compris que son modèle n’était pas tenable à long terme face à la Chine. Les USA n’ont plus les moyens de gérer le monde. Ils ne peuvent plus garder un niveau de consommation aussi élevé (70%), un investissement aussi faible (5%), un taux d’épargne aussi faible (3%).


Le protectionnisme américain

L’Etat américain protège puissamment ses entreprises nationales (automobiles, énergie, défense, télécoms) et n’hésite pas à infliger des pénalités massives aux entreprises concurrentes (européennes de préférence) qui ne font pas comme il veut (14 milliards $ de pénalités pour la France). Avec la Chine les conflits commerciaux et technologues se font de plus en plus durs.


La formule américaine : Travailler plus, être moins couvert socialement, se prendre en charge de manière responsable, être ouvert à l’immigration des élites et des bras courageux, payer moins d’impôts, consommer massivement produits et énergie, avoir une vision mondiale et des universités de premier plan, disposer d’une armée puissante pour contrôler le monde, investir très peu dans les infrastructures faute de rentabilité immédiate et emprunter massivement pour financer tout ce qui manque, telle semble être la formule « fuite en avant » d’un modèle économique américain en péril.


Les Américains se retirent du monde, faute de moyens pour maintenir leur rôle

Les USA quittent le Pacte transacifique, traitent l’Union européenne d’ennemie et menacent de quitter l’Otan, laissant le champ libre à la Russie et surtout à la Chine.

Pour assurer leurs équilibres financiers, les USA devront tôt ou tard :

1-Augmenter leurs investissements dans les infrastructures (elles sont au niveau D c’est-à-dire en mauvais état), pour être capables de concourir avec les infrastructures de la Chine, soit 1 500 milliards par d’investissements supplémentaires par année.

2-Transformer leur déficit commercial de 600 Milliards par an, en un solde positif annuel de 500 à 1000 milliards $ par an, afin d’espérer un jour éponger leur immense dette publique de 20 000 milliards $.

3-Réduire (ou supprimer) les dépenses militaires dédiées au contrôle et à la paix du monde.

4-Réduire en conséquence leur consommation de 3 000 milliards $ par an, soit une contraction de 25%, ce qui posera un énorme problème au reste du monde qui exporte.

5-Transformer cette réduction de consommation en épargne, afin de financer l’investissement et le remboursement de la dette.

Ce sera alors une autre Amérique et un autre monde. La Pax Americana aura vécu.


Chers amis industriels, réinventons notre économie.

Nous pouvons emprunter à l’Amérique son sens du travail et son modèle universitaire, mais là s’arrête sans doute l’exemplarité.

Pour le reste nous devons inventer notre propre solution.

Jacques Leger

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