Le modèle économique allemand

Mis à jour : 7 mai 2019


Après l’étude, ces dernières semaines, des modèles économiques américain (un article) et français (10 articles), nous passons aujourd’hui à des modèles plus vertueux. L’Allemagne a toujours été studieuse et industrielle. Lors de la révolution industrielle, elle a rapidement su rattraper l’Angleterre, et les deux guerres mondiales ont démontré ses capacités techniques et son sens de l’organisation. Leader de l’Union Européenne, premier exportateur du monde, l’Allemagne aurait beaucoup de vertus à apporter à la France


Le PIB

L’Allemagne est le plus puissant pays d’Europe par son économie. Son PIB de 3045 Mrds € est le 4ième du monde. C’est environ 20% du PIB de l’Union européenne et c’est 45% de PIB de plus que la France pour seulement 20% de plus de population.


La croissance

La croissance de l’Allemagne, en % du PIB navigue autour de zéro, contre 3,3% en moyenne avant la crise. La consommation en Allemagne est à 54% du PIB, et se réduit en % d’année en année.


Le niveau de vie

Le niveau de vie des Allemands est proche de celui des Français, sauf qu’il est moins à crédit et que le prix des produits est généralement moins élevé. Le salaire moyen annuel est de 39 000 € (43 700 $), soit un taux horaire moyen de 36,0 € (après charges). Ce taux horaire est à peu près l’équivalent d’un Américain et désormais moins qu’un Français. Les charges sociales et les impôts sont de 49% du salaire, comme en France, ce que les Allemands compensent facilement par leur stratégie de produits haut de gamme.


La balance commerciale

Le modèle allemand est piloté par l’exportation (43% du PIB) qui représente 1 300 milliards €. Les importations sont relativement élevées (35% du PIB) malgré le fait que le pays assure une grande partie de sa production d’électricité avec du charbon local. Au final le solde commercial positif est de 220 milliards €, quand celui de la France est négatif de 60 milliards € par an. Les machines-outils (70% des machines sont exportées) et les automobiles (qui représentent 40% des exportations totales) sont les produits qui font le succès de l’Allemagne à l’exportation. Cependant le modèle d’exportation allemand rencontre des obstacles avec le protectionnisme américain, l’offensive chinoise dans les pays de l’Est européen et avec la montée en gamme de l’Empire du Milieu.


Les finances publiques

Les dépenses de l’Etat sont limitées à 44% du PIB quand celles de la France s’envolent à 56,5%. Le solde des finances publiques allemandes atteint un excédent de 24 milliards € (soient 1,0% du PIB) et contribue à la réduction de la dette publique, qui est de 2 100 milliards € (comme celle de la France). Notons que l’Allemagne a dû financer sa réunification et que l’investissement dans la partie est du pays lui a coûté 2 400 Mrds € (ce qui est justement le niveau de sa dette !). La dette des ménages se limite à 3 100 milliards € (au lieu de 6 000 Mrds € pour la France). Chaque Allemand qui travaille (en dehors des fonctionnaires) devra donc générer 191 000 € pour le remboursement de la dette totale (publique + privée). C’est 4 ans de salaire (au lieu de 10 ans en France). Le taux d’épargne est de 10% du PIB, ce qui en fait un des taux les plus élevés d’Occident. .., même si les Allemands ne savent pas quoi faire de cette épargne.


Les investissements

Les investissements en infrastructures (routes, ports, chemins de fer…) sont très faibles (2,0% du PIB y compris le militaire). Mais que fait donc l’Allemagne de ses économies ? Malgré leurs excellents résultats économiques, les Allemands ne semblent plus croire en leur avenir.


L’emploi industriel et l’apprentissage

L’emploi industriel est resté au niveau de 24,0% du total des emplois, alimenté par une puissante politique d’apprentissage. Outre Rhin, la relation entreprise-éducation est très constructive, avec une forte collaboration entre enseignants et industriels pour définir le contenu des programmes. Cette relation est à l’opposé de celle constatée en France où l’entreprise reste souvent mal vue par le monde de l’éducation et chez les syndicats.

Les prix de revient allemands sont contenus du fait d’une stratégie de délocalisation des composants dans les pays de l’Europe d l’Est qui sont ses voisins.

L’apprentissage donne aux dirigeants allemands une dimension pragmatique qui manque aux dirigeants français. Les Allemands aiment la technique. 1,4 million de jeunes se forment par l’apprentissage, contre seulement 0,4 million en France. En Allemagne, passer par l’apprentissage n’est pas une humiliation mais au contraire un gage de compétence. Certains PDG de grandes entreprises viennent de l’apprentissage.

Le taux de chômage du pays s’élève à 3,4% de la population (c’est trois fois moins qu’en France). Pour les jeunes, la différence est dans le même rapport, avec un taux de chômage de 8,0% en Allemagne contre 25,0% en France. C’est de loin la meilleure performance de tout l’Occident.

Les indemnités de chômage allemandes sont limitées à 24 mois (contre 36 mois en France) et les montants perçus sont limités à 2620 € par mois (contre 7715 € en France et réduction en discussion).

L’âge de la retraite des Allemands est de 65 ans et va bientôt être de 66, quand les Français partent à 62 ans.

Les bas salaires restent nombreux. Pour lutter contre le chômage, l’Allemagne a en effet créé beaucoup de « petits boulots » à « petits salaires ». Un salarié sur huit (12,5%) se retrouve dans la précarité.


L’intégration de l’Allemagne de l’Est

Les Allemands ont su regrouper leur nation après 45 années de séparation. L’Allemagne de l’Ouest a payé pour l’Allemagne de l’Est. Des investissements considérables ont été consentis dans la partie est du pays, en vue d’y développer une industrie et d’y créer des emplois. Même si l’équilibre n’est pas encore parfait, l’Allemagne a réussi son défi. A cette occasion, l’Allemagne s’est ouverte vers l’est (ancien pays du Pacte de Varsovie) et s’est rendue moins dépendante de l’ouest de l’Europe.


Le capitalisme allemand

L’Allemagne pratique beaucoup l’actionnariat familial (le Mittelstand) qui a apporté à l’industrie allemande, stabilité et esprit de consensus. L’actionnariat y est plus stable et l’ambiance plus familiale. Les Allemands sont raisonnables et ne condamnent pas le capitalisme : patronat et syndicats discutent et collaborent sur la manière de rendre le gâteau plus gros et sur la part du gâteau que chacun pourra prendre. C’est le modèle gagnant-gagnant germanique. Même la fiscalité et les droits de succession sont adaptés pour faciliter la transmission d’entreprise de génération en génération. A l’inverse des Français, les Allemands ne haïssent pas les riches.


Le principe de spécialisation des sociétés familiales

Les sociétés familiales du Mittelstand se sont en général spécialisées sur un produit niche : des rivets, des meules d’usinage de précision, etc…, au point d’en devenir leader mondial et d’exporter dans le monde entier du fait de leur supériorité en termes de qualité. Ainsi, les petites sociétés allemandes démontrent-elles non seulement leurs excellentes capacités techniques, mais aussi leurs excellentes capacités commerciales.


La stratégie du haut de gamme

Consciente de ses coûts salariaux élevés, l’Allemagne a développé très tôt une stratégie de produits haut de gamme qui se vendent cher et qui peuvent donc plus facilement absorber des salaires élevés, contrepartie d’une haute qualification professionnelle. On est plus compétent, on a un salaire plus élevé, on fait des produits plus sophistiqués, on ne peut pas facilement délocaliser et tout le monde y gagne. Les industriels allemands ont largement utilisé la sous-traitance des pays de l’Est à coût salarial 5 à 7 fois plus faible pour la fabrication des composants. A ce jeu, l’Allemagne a sorti les constructeurs automobiles français du haut de gamme.


Le modèle social

Le temps de travail en Allemagne est très faible avec 1368 heures (c’est encore 8,0% de moins qu’en France), mais les vacances y sont aussi moins nombreuses. Les charges sociales et impôts s’élèvent à 49% (comme en France) mais les dépenses sociales se limitent 28% du PIB (au lieu de 32% en France). La vraie différence avec la France réside dans le pourcentage de travailleurs marchands (40,6% en Allemagne contre 28,4% en France). C’est 14 millions d’Allemands de plus qui produisent des richesses.

En 2003, alors que l’Allemagne subissait les premiers effets négatifs de la mondialisation, le gouvernement Schröder a profondément revu le système social allemand (libéralisation du marché du travail, mini salaire pour faciliter les mini jobs, indemnités de chômage moins généreuses, refonte des allocations). Les résultats ont été spectaculaires pour l’économie, l’emploi et pour la balance commerciale de l’Allemagne. Au même moment la France s’engageait dans les 35 heures et s’abonnait durablement au chômage et aux déficits commerciaux.

Les Allemands sont moins propriétaires de leur logement (seulement 44%) que les Français (59%). Ils sont ainsi plus mobiles géographiquement que les Français et ils investissent davantage dans le secteur productif plutôt que dans l’immobilier.


Un modèle décentralisé

L’Allemagne est une Fédération de Länder. Chaque Lander prend en charge son propre développement, son éducation, ses infrastructures, sans compter sur les financements de l’Etat Fédéral. Ce modèle de responsabilité est à l’opposé de celui de la France centralisée qui attend tout du haut. L’Allemagne pourrait servir de modèle d’organisation pour la France qui souhaite revoir son mille-feuille.


Evolution de la population

Mais avec un taux de fécondité de 1,55 en 2018 (1,89 pour la France), l’Allemagne voit sa population diminuer dangereusement. Les Allemandes ne font plus assez d’enfants ! Le pays doit recourir à l’immigration ce qui n’est pas sans poser de problèmes politiques puisque le pays devra « importer » 400 000 employés et leur famille par l’immigration, chaque année, et jusqu’en 2050 au moins.


La formule allemande de l'économie :

Travailler relativement peu, mais travailler dans des emplois très techniques, se spécialiser sur une niche et en devenir le meilleur du monde afin d’exporter partout, être très nombreux à travailler dans le secteur marchand, fabriquer des produits haut de gamme qui coûtent cher, qui peuvent absorber les hauts salaires des employés et qui ainsi, ne peuvent pas être délocalisés. Ne pas faire d’enfants pour profiter de la vie et importer de la main d’œuvre qualifiée venant du Moyen-Orient, disposer d’un modèle décentralisé pour gérer chaque question au plus près de la réalité, faciliter la création et la transmission des entreprises familiales pour les conserver, être très bien couvert socialement, ne pas être propriétaire de son logement pour être plus mobile, payer beaucoup d’impôts mais demander à chacun de se prendre en charge, même si c’est en prenant un mini-job, telle semble être la formule allemande de l’économie.


L’économie allemande doit faire face à de nouveaux défis

L’Allemagne a su jusqu’alors profiter des marchés américain et chinois pour compenser la faiblesse des marchés européens en crise. L’automobile et la machine outils constituent encore les meilleurs vecteurs d’exportation de l’économie allemande. Cependant, le ciel germanique pourrait s’assombrir : l’Allemagne ne trouve pas de partenaires sérieux en Europe, l’Amérique ne veut plus des exportations allemandes, la Chine rachète les entreprises allemandes de haute technologie (Robots Kuka, voitures Mercédès…) et s’équipe pour être autonome dans la fabrication de ses bien d’équipements. La Chine, encore elle s’introduit peu à peu dans les pays de l’Est Européen. Enfin avec l’automobile à moteur thermique qui va passer à l’électrique avec des batteries asiatiques, l’Allemagne va devoir réinventer son modèle.


Chers amis industriels, prenons davantage modèle sur l’Allemagne.

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mo-industrialis.com A mardi prochain, si vous le voulez bien pour parler de la nécessité d'avoir des riches pour créer une économie.

Jacques Leger


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