Le déclassement social en France

Mis à jour : 12 sept. 2019

Cher lecteur industriel

Nous avons publié 30 articles sur la politique française de janvier à juillet 2019. Nous y avons traité de l’impasse dans laquelle se trouve notre pays. Nous vous invitons à relire les principaux articles pour vous en convaincre, si vous l’avez oublié.

Les sujets de réformes aliment nos quotidiens : retraites, fiscalité, emploi, stratégie industrielle, Europe, investissements, équilibre budgétaire, dettes,…etc. Rien ne peut vraiment changer car les fondamentaux de notre économie restent les mêmes : un positionnement produit incompatible avec notre niveau de coût salarial et des charges et des impôts hors norme, sur un travail marchand tellement restreint qu’il ne peut plus financer une dépense publique unique au monde et intenable à brève échéance.

La France va dans le mur avec certitude et l’Europe décroche par rapport aux USA et à la Chine.

Non seulement la situation globale de la France n’est plus tenable, mais la division du peuple en trois catégories : les citadins qui vivent bien, les banlieusards qui survivent et les ruraux qui se meurent est désormais explosive. Que nous réserve cet hiver ?


La France qui déclasse

Le livre de Pierre Vermeren « La France qui déclasse » publié il y a quelques semaines devrait attirer notre attention. J’en résume l’introduction :

La France fait face à de nombreux scandales.

  • « Le premier scandale du pays est celui du chômage massif indissociable de la désindustrialisation qui frappe le pays.

  • Le second scandale du pays tient au dispositif financier et fiscal qui conjugue un niveau de fiscalité record dans le monde avec une dette et des déficits publics considérables.

  • Le troisième scandale du pays tient la situation sociale intérieure qui se traduit par un haut niveau de délinquance, de violences urbaines et une phase de djihadisme islamique inédite sur fond d’ouverture des frontières mal maîtrisées.

  • Enfin les Français reprochent à leurs dirigeants leur incapacité à tenir leurs promesses, en ce qui concerne le pouvoir d’achat et la crise de l’école.

  • Le pacte social qui liait les Français au régime de la Ve République depuis sa fondation a été rompu par étapes.

  • Le premier déficit budgétaire de la France a été en 1975. 45 ans après, la France vit toujours et de plus en plus à crédit.

  • Le vrai chômage est passé de 0,5 millions de personnes en 1975 à 6,5 millions de personnes en 2018.

  • Les sujets de société sont devenus les nouveaux critères de distinction entre les deux camps. L’immigration et l’islam, la délinquance et les banlieues, la réforme du code de la nationalité, le vote des émigrés, le mariage pour les homosexuels, les modalités de la fécondation et de la grossesse, l’antiracisme et le néo féminisme ont peu à peu gommé la question sociale en France.

Cet effacement a occulté le grand déclassement de la classe moyenne française et les profondes transformations qui s’en suivirent ».


Un peuple abandonné par une nation à la dérive

  • « La pauvreté grignote toujours davantage les classes populaires et même les classes moyennes.

  • La France a renoué avec les travailleurs sans-domicile-fixe, les bidonvilles de migrants, les prisons innommables, et la guerre en Syrie a remis les enfants des réfugiés dans les rues de Paris, aux côtés des SDF qui pour moitié souffrent de troubles mentaux.

  • Partis, syndicats, églises et médias se sont peu à peu coupé de la majorité du peuple qui les tient en peu d’estime et souvent les ignore.

  • Quitter un emploi industriel, ou plutôt en être exclu, pour un système complexe d’allocations diverses et de petits boulots, voire de combines en tous genres, c’est la porte ouverte à la désagrégation sociale, familiale, morale et culturelle.

  • Des régions complètes, à la périphérie des grandes villes, perdent une quantité considérable de leurs habitants et des cadres qui y vivaient. Ceci a conduit à un effondrement du marché immobilier.

  • S’ajoutent enfin l’effondrement des structures de l’église quand un prêtre en 2019 remplace une quarantaine des époques précédentes.

  • Dans cet univers radicalement nouveau, le supermarché et la voiture tiennent désormais les premières places. Le grand mythe des années 80 reposait sur l’allongement des études et de la retraite, sur la désindustrialisation, sur la fin du travail posté, sur la réduction des travailleurs indépendants dans le commerce, dans l’artisanat et dans l’agriculture.

  • On a fait croire aux Français que c’était la fin du travail et l’avènement d’une société de loisirs.

  • 30 ans plus tard, la France compte 16 millions de retraités, 6,5 millions de chômeurs et près de 3 millions de personnes au RSA. Le pays a deux fois moins d’emplois occupés que l’Allemagne.

  • En Allemagne l’excédent commercial atteint 200 milliards d’euros tandis que le déficit commercial de la France s’établit à 80 milliards d’euros en 2018.

  • La désindustrialisation pose à terme à la France la question de sa solvabilité puisque rien ne semble pouvoir endiguer son déficit extérieur ».


Une machine économique qui ne fonctionne plus que par la dette

  • « Des millions d’inactifs ou d’improductifs pensionnés deviennent l’un des moteurs de cette croissance.

  • La démographie nourrit les travaux publics par une constance pénurie orchestrée de logements et d’équipements.

  • L’économie de l’aide sociale alimente une économie d’endettement par les déficits sociaux et publics.

  • Cette économie artificielle permet de faire tourner les trois secteurs postindustriels :

  1. Les services d’aide sociale et de santé,

  2. la grande distribution

  3. le bâtiment et les travaux publics.

  • La France est devenue le champion du tertiaire européen avec 76 % des emplois dans ce secteur (même 88 % pour les femmes), soit cinq points de plus que la moyenne européenne.

  • La main-d’œuvre déqualifiée des métiers techniques ou manuels de l’industrie est difficilement re-qualifiable. C’est le fruit d’une idéologie, illustrée par la baisse rapide du niveau scientifique des élèves français. Il y a maintenant une pénurie de professeurs de sciences et de techniciens et 1,5 millions d’emplois qualifiés devraient manquer à la France en 2030 ».

  • La France était le premier exportateur agricole européen en 2000. Elle est désormais passée derrière les Pays-Bas et l’Allemagne dont la superficie agricole est très inférieure à celle de la France.

  • La balance commerciale des services de la France ne doit son salut qu’au tourisme. Mais l’excédent touristique depuis 10 ans est quatre fois inférieur au déficit des biens de production.

  • Rien ne peut remplacer la production ».


Une politique industrielle absente depuis trop longtemps

  • « Ce qu’on appelle les investissements publics en matière d’infrastructures ne sont rien d’autre que de la dépense publique sans effet sur la productivité ni sur la recherche et le développement. La construction de ronds-points a été érigée en priorité nationale.

  • L’aide sociale et l’indemnisation du chômage sont devenus notre politique industrielle.

  • Trop de secteurs industriels ont été abandonnés ou livrés à l’importation de substitution. Or sans croissance industrielle et productive soutenue de manière volontariste, il est difficile de redonner un emploi à des millions de salariés inaptes au travail hautement qualifié ».

  • Nous vendons nos champions industriels à l’étranger (ou devons les fermer) : Péchiney, Alcatel, Alstom-Energie, Arcelor, Technip, Lafarge, ….etc.

  • Les start-up ne peuvent compenser ces pertes d’emplois et leur place dans nos exportations.

  • Nous abandons le nucléaire du futur (annonce de l’abandon d’Astrid en Septembre 2019) au moment où les USA et la Chine investissent massivement dans de nouvelles technologies nucléaires, seules capables de lutter à grande échelle contre le réchauffement climatique.

  • Nous ne sommes pas dans les batteries pour automobiles électriques.

  • Nous ne sommes pas dans l’intelligence artificielle.

  • Nous avons une décennies de retard dans la robotisation.

  • La France n’a pas su gérer sa place géographique dans l’Europe. On la traverse mais on n’y s’arrête pas pour contribuer à l’activité industrielle locale.

  • Aujourd’hui le travail est une denrée rare qui ne permet plus de subvenir aux besoins d’une famille, puisque les classes populaires vivent pour moitié des aides sociales.

France, qu’as-tu fais de ton esprit industriel ?


La France Vs la France

« La métropolisation oppose une douzaine de grandes métropoles françaises aux ambitions européennes et mondiales, dont Paris en premier lieu, au reste du territoire, promis à des activités de second rang et au déclassement.

  • Au sommet de la pyramide sociale : les populations urbaines des grandes villes avec les cadres supérieurs, les retraités aisés et les populations immigrées et réfugiées que les villes ont maintenues dans les logements sociaux en centre-ville avec des fonds publics. Cette catégorie bénéficie des meilleurs hôpitaux, des meilleures écoles, des meilleures infrastructures culturelles et des meilleurs moyens de transport.

  • Au niveau intermédiaire de la pyramide sociale : les banlieues où habitent les populations fraîchement immigrées et qui sert de main-d’œuvre dans le bâtiment et les travaux publics, dans le nettoyage, dans les services à la personne et dans les transports. Ce sont là aussi les fameux quartiers populaires d’immigrés récents en majorité en logement social. Au-delà, on entre dans le monde des classes moyennes, celui des cités pavillonnaires de plus en plus étendues. S’y installent les catégories coûteuses pour la société et sources de nuisance qui sont rejetées de la ville-centre. Ce sont les familles moyennes avec enfants et leurs collèges et lycées de seconde catégorie.

  • En bas de la pyramide sociale : tout un secteur productif ancien du bâtiment et des travaux publics, du transport, de l’énergie, de l’artisanat, de l’agroalimentaire, du bois et matériaux qui a été chassé des grandes villes et qui a reflué vers les petites villes et les campagnes. À côté des ouvriers et des petits patrons qui travaillent, vivent aussi des millions de chômeurs et de retraités très modestes, voire pauvres. Cette France populaire, plus ou moins abandonnée, rassemble la moitié de la population, sans grandes écoles de qualité, sans hôpitaux performants, sans centres culturels diversifiés et sans moyens de transport faciles. Le vote Rassemblement national émane de cette France reléguée.

La désindustrialisation de l’Occident a sapé ce qui constituait la spécificité des sociétés industrielles avancées : l’existence d’une classe moyenne majoritaire au centre de la société.

Il n’y a pas d’équivalent d’un tel échec économique et social depuis la révolution française. Les Côtes-d’Armor ont la même population qu’en 1911 et en 1831. La Meuse n’a plus que les deux tiers des habitants du dix-neuvième siècle. La Corrèze est redevenue au niveau de 1801. Les Ardennes stagnent depuis plus d’un siècle en dépit d’une très forte natalité historique ».


En conclusion

  • Non seulement il nous appartient de redresser les équilibres économiques et industriels globaux de la France, ce qui, compte tenu de la tendance des 40 dernières années, sera déjà un miracle.

  • Mais en plus, nous devons rééquilibrer nos territoires entre (1) les centres urbains à haut niveau de vie, (2) les périphéries urbaines qui vivent du service aux centres urbains et (3) les milieux ruraux qui sont démunis de tout. Ce rééquilibrage doit être fait en termes de qualité des systèmes de santé, de qualité des centres d’éducation scolaire, de possibilité d’accès au logement et surtout, de possibilité d’accès au travail réel.

  • La question de fond est de savoir si nous pourrons conserver notre unité nationale. Pourquoi donc appartenir à une nation, si celle-ci vous abandonne ? C’est désormais l’heure du chacun pour soi. A quand l’application sur smartphone qui permettra à chacun de choisir sa nationalité en fonction de sa vision de la société à (re) construire ?

  • Nous sommes peut-être au terme de « la République une et indivisible », telle qu’elle fut définie il y a deux siècles. C’est le plus grand défi à relever par nos dirigeants.

© 2019 par la maison d'auto-édition Publishroom