La REF (1)-La Rencontre des Entrepreneurs de France-Introduction

Mis à jour : 19 nov. 2019

Cette année, l’université d’été du Medef prenait un nouveau nom, celui de « Rencontre des Entrepreneurs de France » (REF). La manifestation changeait également de lieu, quittant HEC et Jouy-en-Josas pour s’installer sur l’hippodrome de Longchamp.

  • La manifestation a regroupé 7500 participants autour de 27 débats (dont 16 auxquels j’ai assisté, certains créneaux horaires donnant lieu à 4 débats en parallèle). La plupart des débats ont eu lieu devant les tribunes selon une organisation assez pratique. Nous avons pu écouter 95 intervenants français et internationaux.

  • Si cette rencontre a donné lieu à certains exposés de type « pensée unique » en particulier sur la féminisation de la société et sur le réchauffement climatique, l’un comme l’autre organisés plus comme des incantations que comme des réflexions et des constructions, d’autres exposés ont été particulièrement intéressants en particulier sur les questions : d’égalité sociale, de démographie mondiale, d’avenir de l’entreprise, de libéralisme, d’avenir des systèmes de santé, de mondialisation, de fiscalité, de solidarité et enfin d’instruction.

  • Au global, la Rencontre des Entrepreneurs de France 2019 s’est révélée intéressante mais pas si optimiste qu’elle n'y parait. Il nous faut repenser : le libéralisme, la mondialisation, l’Europe, la santé, la démocratie, le capitalisme, la fiscalité, la démographie et la consommation d’énergie.

  • Je vous proposerai un résumé de quelques sujets traités dans les débats les plus particulièrement intéressants, à travers plusieurs articles qui seront publiés au cours des semaines à venir.


Introduction du président du Medef : Geoffroy Roux de Bézieux.


Le monde devient difficile à prévoir.

  • Qui aurait pu prévoir : l'election de Donald Trump, le soulèvement de Hong Kong contre la Chine, la récession industrielle en Allemagne, la blocage des accords avec le Mercosur, le mouvement des gilets jaunes, autant d’événements imprévisibles arrivés au cours des derniers mois.

  • On pourra ajouter, au jour le jour, le conflit entre membres de l’Otan, la célébration en grandes pompes du 70ième anniversaire de la République populaire de Chine qui n’a pas l’intention de remettre en cause sa stratégie d’extension du modèle chinois (Tian Xia), le retrait américain des affaires du monde, L’Europe aux abonnés absents au Moyen-Orient qu'elle a organisé il y a un siècle, etc .

On assiste à une remise en cause de l’idée libérale.

  • Pour Vladimir Poutine, l’idée libérale est devenue obsolète.

  • Comme l’écrit Yascha Mounk dans son livre « Le peuple contre la démocratie », le libéralisme est en opposition avec les attentes de la majorité de la population.

  • Le libéralisme apparaît incompatible avec l’écologie et la question du réchauffement climatique.

  • Le libéralisme est pourtant une idée issue des Lumières, une idéologie destinée à favoriser l’épanouissement de l’humanité. Mais il y a désormais des rivaux à l’économie libérale.

  • Pour certains le libéralisme est tout bonnement insupportable et incapable d’assurer la survie du monde à long terme.

  • Pour d’autres la démocratie est simplement synonyme de désordre.

  • Enfin certains considèrent que la liberté s’oppose au maintien d’une certaine homogénéité raciale des Nations.

  • Il est intéressant à ce sujet de rappeler aussi le livre de Pierre Vermeren : « La France qui déclasse » au sujet du problème des ruraux en France. Nous en avons parlé dans notre dernier article.

En ce qui concerne le réchauffement climatique

On observe une ingérence dans le libéralisme, considérant l’entreprise comme un problème alors qu’elle en est aussi la solution.

·

Concernant la question des égalités et inégalités.

  • Les inégalités sont partiellement nécessaires pour révéler les talents. L’égalitarisme n’a jamais donné de bons résultats.

  • L’inégalité française est souvent une inégalité de destin car il faut en moyenne 6 générations pour passer du stade d’ouvrier au stade de chef d’entreprise.

  • L’égalité consiste à donner une chance à tous.

En termes géopolitiques, on assiste à une guerre économique mondiale.

  • C’est l’Amérique contre la Chine et bientôt peut-être, l’Amérique contre l’Europe.

  • C’est l’économie de développement contre l’économie de décroissance.

  • Ce sont de partout des voix qui s’élèvent pour la régulation de la mondialisation.

  • De même que nous avons le G7 des 7 chefs d’État les plus puissants du monde pour gérer un certain multilatéralisme (la Russie en a été exclue), les syndicats de ces 7 pays ont créé le Labour 7 (L7) pour coordonner leurs attitudes et réactions de syndicats d’ouvriers et les entrepreneurs de ces 7 pays vont créer le Business 7 (B7) pour coordonner leurs stratégies industrielles.

Le monde s’intéresse enfin à une certaine canalisation fiscale des GAFA.

  • La concurrence consiste à lutter par l’innovation et non par la dissymétrie fiscale.

  • Comment coordonner ce sujet, au plan Européen ? Au plan de l’OCDE ?

L’Europe doit faire face à un Brexit désormais inéluctable.

  • Les conséquences vont être lourdes, pour l’Europe d’une part (qui perd son 2e contributeur).

  • Mais sans doute plus lourdes encore pour le Royaume-Uni qui se retrouvera isolé.

Il faut réinventer le libéralisme

  • Nous devons lui conserver son rôle de garant de la prospérité dans le cadre de l’intérêt général.

  • L’intérêt général ne doit plus être le monopole de l’État.

  • Il y a déjà des milliers d’O.N.G. pour s’y engager.

  • Ce doit être aussi l’une des missions des entreprises.

  • Etats + ONG + Entreprises sont désormais les forces du changement du monde.

Concernant les retraites, travailler plus longtemps est indispensable.

  • Mais il faut aussi que les entreprises s’engagent à ne plus licencier les gens à 60 ans.

  • Il faut défendre les réserves (type Agirc-Arcco) afin d’éviter qu’elles ne financent les déficits inacceptables de certaines caisses des régimes spéciaux.

Reste la question lancinante des dépenses publiques et de la dette.

  • C’est le problème de tous les gouvernements depuis 1974.

  • Nous obtenons un sursis avec l’avènement des taux d’intérêt négatifs. Mais cette situation ne durera pas si on veut maintenir le principe de l’épargne.

  • Nous sommes dans un monde « non vertueux » qui pousse au crime de l’endettement et du « après-nous le déluge ».

  • Notre dépense publique atteint 57 % de la richesse nationale ce qui est incompatible avec un redressement de la France.

  • La "dette laissée à nos enfants » est autant problématique que « notre héritage climatique ».

  • N’aurons-nous été qu’une génération d’inconscients ?

Un dernier mot en ce qui concerne les entreprises.

  • Celles-ci ont créé 1,0 million d’emplois au cours des 5 dernières années et il faut rappeler que ce sont exclusivement les emplois marchands qui font la force d’une économie.

  • Or les emplois marchands en France ne représentent que 28 % de la population française.

  • Alors qu’ils représentent 41 %, en Allemagne, en Grande-Bretagne, aux États-Unis et qu’ils représentent 45 % des habitants en Corée et au Japon et même 55 % des habitants en Chine.

  • Le travailleur marchand français, seule source d’enrichissement réel du pays, subit un handicap qui le conduit à porter 2,5 autres Français sur son dos, au lieu de 1,5 pour les Allemands et 1,2 pour les Japonais (voire 0,8 pour les Chinois).

  • Rien ne changera en France tant que nous n’aurons pas transféré 8 millions de personnes du secteur non productif (fonctionnaires, retraités, chômeurs), au secteur marchand (employés des entreprises, artisans, professions libérales).


Exposé des ministres des finances de la France et de l’Allemagne.


Bruno Le maire et Péter Altmaïer nous ont fait un beau numéro de duettistes. Ils parlent chacun la langue de l’autre et semblent parfaitement s’entendre. L’avenir de l’Europe reste dépendant du rapprochement France-Allemagne. Mais qui en a réellement envie ?


Bruno Le Maire a rappelé les avancées françaises.

  • Mise en place d’une politique de l’offre.

  • Un taux de chômage à 8,5 % qui est le meilleur niveau en France depuis 10 ans m’est aussi la plus mauvaise performance en Europe.

  • L' allégement de l’imposition du capital, avec une flat taxe à 33%).

Mais Bruno Le Maire a aussi souligné nos handicaps français et européens.

  • L’Europe ne peut pas être indépendante avec des GPS américains et des batteries automobiles chinoises. L’Europe souffre d’un déficit d’innovation.

  • Mais où trouver les ressources, quand un si petit nombre de Français travaillent dans le secteur productif ?

  • La France doit améliorer la compétitivité de ses coûts.

  • Certes les impôts sur les sociétés vont baisser de 33,3 % à 25,0 %, mais les impôts de production en France s’élèvent à 3,6 % de la valeur ajoutée, c’est 7 fois plus que les 0,5 % en Allemagne. Le Rhin sépare deux galaxies économiques différentes !

  • La France a besoin d’une politique industrielle. En 20 ans, l’industrie française est passée de plus de 15 % à environ 10 % du PIB (elle était déjà passée de 24% à 15% pendant les 20 ans d’avant !). L’industrie a gardé son poids de 20 % du PIB en Allemagne.

  • La faiblesse de l’industrie française est un problème pour les territoires, pour le monde ouvrier et pour la nation toute entière.

  • Il faut réhabiliter l’industrie auprès des plus jeunes !!!

  • L’existence désormais de taux négatifs avec une croissance faible, donne une très faible marge de manœuvre à la politique monétaire. Les banques sont en danger ce qui représente 800 000 emplois en France.

Pour Peter Altmaïer et pour les Allemands,

  • L’Europe doit défendre son modèle économique : des marchés globaux, le multilatéralisme, des règles de libre-échange identiques pour tous, la lutte contre les pratiques illégales…etc.

  • Mais ce doit être aussi la réforme des règles de la concurrence de l’Union européenne.

  • Il y a de nouvelles technologies à développer en Europe : Internet, l’intelligence artificielle, la robotisation et les Data Centers. Nous sommes dépassés et devenus dépendants dans tous ces domaines.

  • L’Allemagne est fière de sa politique industrielle. Celle-ci a permis d’augmenter la croissance et de diminuer le chômage en dessous de 4 % (l’Allemagne souhaite l’abaisser à moins de 3 %) et de générer les meilleurs produits, faute de savoir faire les moins chers.

  • Jusqu’à quand ce modèle durera-t-il ?


Le monde est en train de se reconstruire, avec ou sans nous.

Amis industriels, il nous revient d'apporter nos compétences et notre expérience pour que la France et l'Europe n'en soient pas absentes.

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