Débat Gilets Jaunes proposé par les Evêques de France


Les évêques de France ont identifié très tôt la problématique des « Gilets Jaunes » et dès le début du mois de décembre 2018, ils ont proposé aux Français une réflexion autour de 5 questions. La démarche est moins exhaustive que celle proposée par le Président de la république, mais elle n’en est pas moins intéressante. Je vous propose la réflexion menée par un petit groupe de Français lecteurs du Blog.


Q1 – Quelles sont les causes du malaise actuel et des formes de violence qu’il a prise

A - Sur un plan mondial : concurrence des pays émergents

Les pays dits développés sont de plus en plus concurrencés par des pays émergents tels que la Chine, l’Inde … La suprématie du monde occidental est donc remise en cause et cette situation a des conséquences sur la croissance économique et sur le niveau de l’emploi des pays concernés d’où des frustrations et des craintes sur leur avenir des populations de ces pays.


B – Sur le plan national : politique « redistributive » et sociale à court terme

La France a privilégié depuis des décennies une très large redistribution des richesses produites, par une politique fiscale (impôts et taxes) qui a atteint la limite du confiscatoire pour certaines catégories.

Ce système a marché pendant les « trente glorieuses » et cela d’autant mieux que l’économie n’était alors guère mondialisée. Depuis, le système s’essouffle et nos dirigeants par démagogie ou incompétence ont voulu continuer à redistribuer de plus en plus, à crédit, c’est-à-dire en creusant les déficits budgétaires qui, cumulés ont abouti à une dette abyssale de plus de 3.200 milliards d’€uros, et en augmentant sans cesse la charge fiscale sur les particuliers et sur les entreprises.

A cela se sont ajoutées des mesures totalement contre-productives et qui ont fait perdre le sens et le goût du travail :

  • la réduction du temps de travail (les 35 heures).

  • la fixation à 60 ans de l’âge de départ à la retraite, à une époque où il était pourtant prévisible que le nombre d’actifs allait se réduire considérablement.

Comme la situation n’est plus tenable, les Pouvoirs Publics tentent péniblement de « rétropédaler », ce que la population accepte de moins en moins.

Le résultat de toutes ces impérities est que nos Gouvernants n’ont plus aucune marge de manœuvre pour réaliser des investissements utiles, tels que la modernisation de nos hôpitaux, la meilleure prise en charge des personnes âgées dépendantes de plus en plus nombreuses, la modernisation des nos équipements militaires pour une meilleure sécurité de nos soldats en OPEX etc…


C – Le comportement parfois « inadapté » de nos dirigeants

  • Promesses inconsidérées pendant les campagnes électorales, qui sont de moins en moins acceptées et qui aboutissent, au fil du temps, à discréditer la classe politique dans son ensemble.

  • Parfois des comportements personnels discutables, alors que nos dirigeants devraient être irréprochables.

  • Parfois aussi des avantages matériels « statutaires » qui ne sont pas justifiés (régime de retraites, absence de contrôle des dépenses …) et qui mis sur la place publique sont perçus comme scandaleux …

D – Médiatisation outrancière de la vie publique et judiciaire

Les hommes et femmes politiques sont suivis à la trace notamment par les chaînes d’information en continu : on est informé quotidiennement de la garde robe de la première dame, des changements de décoration dans les locaux de l’Elysée …

De même, lorsqu’un homme politique a une affaire judiciaire « sur le dos », les procès-verbaux des interrogatoires ou des procédures de l’Instruction sont sur la place publique le lendemain, voire en temps réel…

A cela s’ajoute les « messages » transmis par les réseaux sociaux qui sont souvent mensongers et contre lesquels il est difficile d’argumenter efficacement.

Tous ces « potins » petits ou grands contribuent à créer une mauvaise image de nos dirigeants, alors qu’ils ont droit comme tout citoyen à un minimum de discrétion …


Q2 - Comment rendre chaque citoyen davantage partie prenante des décisions politiques ?

A – revenir au principe de subsidiarité

Ce principe, vieux comme le monde, mais qui n’est pas appliqué suffisamment, mérite d’être à nouveau remis en vigueur : les décisions doivent être prises à l’échelon le plus proche des réalités. Bien entendu, les grandes questions doivent être traitées au niveau de la représentation nationale et de l’Exécutif.

Cela étant posé, bien des sujets peuvent et doivent être examinés et décidés aux échelons territoriaux compétents :

  • Région,

  • Département,

  • Commune.

B – changer les mentalités

Chacun, au poste qu’il occupe a une tendance naturelle à préserver son « pré carré » et à ne pas partager les informations qu’il détient avec les autres par craint d’être dépossédé de son pouvoir. De façon contradictoire par ailleurs, chacun se tourne vers le niveau le plus élevé pour obtenir satisfaction.

Cette tendance est parfaitement illustrée par le vieux dicton que l’on pourrait qualifier de jacobin : « il vaut mieux s’adresse au Bon Dieu qu’à ses saints » et qui est profondément ancré dans nos mentalités.


C - Utiliser les nouvelles technologies de la communication

Ces nouvelles technologies souvent « toxiques » peuvent également être utilisées dans un sens positif ; elles permettent par exemple de consulter directement des groupes de population qui peuvent ainsi faire connaître leur point de vue et faciliter la prise de décisions au niveau le plus adapté. Ne pas oublier cependant que des catégories entières de population, notamment les personnes âgées, ne sont pas familiarisées avec ces technologies.


Q3 – Lieux et corps intermédiaires favorisant la participation

A - L’échelon communal

Il existe en France un réseau très dense de communes : plus de 36.000, de tailles très diverses. Cet échelon « communal » doit être privilégié car il représente, dans beaucoup de cas, de dimension humaine et permet donc un dialogue au plus près des réalités.


B - Les associations

Ces associations, aux finalités très diverses, peuvent également servir de catalyseurs pour faire remonter les problèmes rencontrés par les gens jusqu’à l’échelon de prise de décision politique. Elles sont également un lieu qui favorise les liens de convivialité entre les « associés » et qui, par voie de conséquence, contribue à instaurer un climat de confiance propice au dialogue et à la participation.


Q4 – Quel bien commun pourrait fédérer nos concitoyens et les tourner vers l’avenir ?

A - La formation des jeunes générations

Aujourd’hui, l’Education Nationale « produit » tous les ans 15% à 20 % d’illettrés ou de jeunes qui, à la sortie du Cycle Primaire, sont incapables de comprendre un texte et encore moins de rédiger une phrase simple (oublions l’orthographe !).

Ces jeunes risquent de faire partie, par la suite, d’une génération inapte à évoluer positivement dans la vie, ce qui peut conduire certains d’entre eux, sans espérance, à pratiquer une forme de violence et à constituer des foyers de « radicaux » de tous poils.

Fixer comme objectif prioritaire à l’échelon national afin que nos jeunes puissent acquérir les connaissances nécessaires (générales et/ou techniques) leur permettant de s’insérer dans la vie professionnelle me semble constituer un excellent moyen de les tourner vers l’avenir.


B - Développer les contacts intra-européens

Actuellement seuls les étudiants sont incités à profiter de ce type de contacts (ERASMUS …). Il serait judicieux de développer cette possibilité pour davantage de jeunes ; cela favoriserait une meilleure connaissance des pays et des populations qui nous entourent et contribuerait à créer un état d’esprit européen qui semble aujourd’hui remis en cause par la réapparition des nationalismes.


C- Favoriser les relations « inter-générations

Nos assistons à une forte croissance des personnes des 3èmes et 4èmes âge ; leur prise en charge, faute de moyens financiers, est souvent insuffisante. Pourquoi ne pas développer un bénévolat à grande échelle qui pourrait constituer pour les jeunes un moyen de se rendre utiles et de faire preuve de générosité dont ils ne manquent certainement pas si on veut bien les solliciter.


Q5 – Quelles raisons d’espérer transmettre à nos enfants ?

A - Le sens du bien commun

A l’inverse de l’individualisme forcené que nous connaissons, nous devons transmettre à nos enfants le sens de l’intérêt général et du bien commun. Ils y sont sensibles si nous savons leur montrer l’exemple, tout d’abord au sein de nos familles qui est la cellule essentielle d’apprentissage de la vie en communauté. Il est possible ensuite de les intéresser à des communautés plus larges (associations, scoutisme …).


B - Le sens de la responsabilité, de l’effort et du respect

Un comportement responsable ne se conçoit pas sans développer le sens de l’effort : rien n’est acquis définitivement et il faut se maintenir en permanence sous tension « vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage ».

Il faut également transmettre à nos enfants le sens du respect des autres et d’abord le respect de ceux qui leur ont donné la vie et de ceux qui se consacrent à leur éducation. Il faut également leur transmettre le respect des faibles et de tous ceux qui souffrent.


C - La générosité des jeunes

Les jeunes sont généreux si nous savons les solliciter de manière positive. Ils sont donc disposés à écouter ce que nous souhaitons leur transmettre ; sachons toutefois que chaque génération a des valeurs qui lui sont propres et que nous devons admettre cet état de fait, l’essentiel étant que soient préservées les valeurs fondamentales qui font la cohésion de notre Société.

Gardons confiance.


Groupe de réflexion animé par JDN, lecteur de la Newsletter Homo Industrialis

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